Accusé de lâcheté après l’éviction du rappeur Macklemore de sa tournée pour ses propos en soutien à la Palestine, Ed Sheeran s’est excusé samedi à Philadelphie, après une semaine d’appels au boycott et de manifestations.
Ed Sheeran lors du Jingle Ball 2025 de la station KISS108 (iHeartRadio), le 14 décembre 2025 à Boston, dans le Massachusetts. PARAS GRIFFIN / GETTY IMAGES VIA AFP
« Ce qui se passe à Gaza est catastrophique, injustifiable et disproportionné. » Seul sur la scène plongée dans la pénombre du Lincoln Financial Field de Philadelphie, samedi soir, Ed Sheeran a rompu avec la neutralité qui lui était reprochée depuis plusieurs jours. Face à une foule suspendue à ses mots, le chanteur de 35 ans a fini par prendre la parole sur le conflit au Proche-Orient, affirmant que « l’injustice systémique » en Cisjordanie « ne peut être ignorée », tout en concédant avoir commis « des erreurs ».
« J’ai toujours essayé, tout au long de ma carrière, de ne pas être un commentateur politique, car je souhaite que ma musique et mes spectacles prônent l’unité, non la division, l’humanité, non la politique », a-t-il déclaré. « Mais il s’agit d’une question humanitaire et je ne peux plus cacher ce que je ressens. »
Une prise de position tardive destinée à éteindre l’incendie qui couvait autour de sa tournée américaine. Retour sur une semaine de tempête au sommet de la pop.
· L’étincelle MacklemoreTout commence au début du mois de septembre. Assurant les premières parties de la star britannique, le rappeur américain Macklemore profite de deux spectacles pour appeler publiquement à « libérer la Palestine ».
Ces prises de position provoquent rapidement la colère de plusieurs propriétaires de stades américains. Soumise à une forte pression politique et commerciale, l’organisation décide, lundi, d’écarter le rappeur de la tournée.
· Un silence jugé compliceTrès vite, le contrecoup se fait sentir pour Ed Sheeran. Habitué jusqu’ici à un statut d’artiste consensuel et transgénérationnel, le Britannique se retrouve au cœur d’un déluge de critiques. On lui reproche son manque de courage, son incapacité à défendre son ami Macklemore, voire sa « complicité » dans cette éviction.
Pour ne rien arranger, le monde de la musique lui tourne le dos. Plusieurs artistes programmés sur sa tournée refusent de monter sur scène avec lui. Parmi eux, le chanteur Finneas - frère et producteur de Billie Eilish - annonce son retrait.
Face au tollé, Ed Sheeran tente dans un premier temps de maintenir sa ligne de conduite, affirmant dans la semaine ne pas vouloir « faire de son métier une plateforme politique ». Une posture devenue intenable alors que les prises de parole culturelles sur le bilan humain à Gaza (plus de 73 000 morts) et la politique israélienne se multiplient, des Oscars aux festivals de Cannes et Berlin.
· Manifestations et boycottLe jour du concert à Philadelphie scelle la crise. En amont du spectacle, des dizaines de manifestants se rassemblent pacifiquement près du stade, drapeaux palestiniens au poing. Dans les rangs des spectateurs, le doute s’est installé : plusieurs fans confient avoir hésité à venir, tandis que d’autres ont préféré boycotter le show pour rejoindre le rassemblement.
Sur les plateformes de revente comme TicketData, l’impact économique se fait sentir. Le prix des billets les moins chers s’effondre à quelques heures du show, passant de 123 à 48 dollars.
C’est dans ce climat électrique qu’Ed Sheeran entre en scène, sans aucune première partie. Seul avec sa guitare, après avoir qualifié l’attaque du Hamas du 7 octobre d’« atroce », l’ancien musicien de rue livre son mea culpa, en prenant soin de ne pas pointer du doigt le gouvernement israélien. « J’ai dû prendre des décisions difficiles, je commets des erreurs et j’en suis vraiment, vraiment désolé », lance-t-il sous les acclamations du public dans un stade presque complet.
Rejoint plus tard par cinq musiciens ayant appris son répertoire en trois jours faute d’autres volontaires, l’artiste tente désormais de tourner la page d’une séquence qui aura ébranlé son image publique.
Par Le Nouvel Obs