La métropole mancelle s’emploie à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Dernière innovation : la captation du dioxyde de carbone dans les fumées de son incinérateur de déchets pour un réemploi dans l’industrie. En partenariat avec Veolia.
Vue aérienne de Syner'Val, l’UVED du Mans Métropole, et de la future unité de capture et de valorisation de CO₂. VEOLIA
Il y a un demi-siècle, Le Mans avait fait le choix, pionnier à l’époque, de mettre en service l’incinérateur de déchets de la Chauvinière, au sud-ouest du centre-ville. Cinquante ans après, la préfecture sarthoise accueille une innovation mondiale au même endroit, désormais nommée unité de valorisation énergétique des déchets (Uved) : le Syner’Val.
C’est la première fois que, sur un site de ce type, est créé, à titre expérimental, un dispositif de capture du CO₂ issu des fumées dégagées par les deux fours qui consument, en continu, 150 000 tonnes par an d’ordures ménagères non recyclables (trois quarts du volume global), de déchets industriels banals (près d’un quart du total) ou issus d’hôpitaux de la région (à hauteur de 3 %). Sachant qu’une tonne brûlée génère près d’une tonne de CO₂ et que ce dioxyde de carbone est l’un des principaux gaz à effet de serre dont la concentration dans l’atmosphère accélère le dérèglement climatique.
Pour pallier ces effets néfastes, les cheminées de Syner’Val seront bientôt reliées à un démonstrateur industriel de capture dans lesquelles des amines fixeront le CO₂ puis, une fois ces solvants chauffés, le relâcheront afin qu’il soit liquéfié par compression pour pouvoir être transporté. La station d’épuration voisine de l’UVE sera également connectée à ce process grâce à la méthanisation des boues qui permet d’injecter du biométhane dans le réseau GRDF desservant 2 500 foyers alentour.
Modèle d’économie circulaire rentableL’essai industriel, qui débutera dans six mois environ, constitue la phase initiale avant d’envisager un passage du démonstrateur de capture du CO₂ à un déploiement à plus grande échelle après plusieurs années. Durant la période test, jusqu’à 10 tonnes de CO₂ par jour seront ainsi traitées, soit près de 3 % des émissions de CO₂ de l’Uved, ou encore l’équivalent de l’empreinte carbone annuelle moyenne de chaque Français.
Pour bien valoriser le CO₂ capturé, liquéfié puis acheminé par camion jusqu’à des clients industriels, mieux vaut trouver un modèle d’économie circulaire rentable et local. « Plus la ressource en CO₂ devient fluide et peu chère, plus il y a des débouchés variés au niveau régional, souligne Stéphane Le Foll, maire du Mans et président de la métropole mancelle. En particulier pour l’entreprise Cryonomic qui était en Mayenne et va s’implanter au Mans pour s’approvisionner en CO₂ liquéfié de Syner’Val afin de fabriquer de la glace carbonique. Autres exemples, les projets d’injection du carbone dans le béton ou d’utilisation du CO₂ comme composant dans la mise au point d’e-kérosène. » Cryonomic se fournira au plus près en CO₂, limitant alors les coûts de transformation en glace carbonique – c’est-à-dire le dioxyde de carbone à l’état solide − destinée au nettoyage cryogénique.
Le gaz carbonique peut aussi être séquestré dans du béton. C’est l’objet d’une filière qui part des écoles d’ingénieurs Centrale Nantes et IMT Atlantique à la plateforme de recyclage de béton du groupe de travaux publics Colas, près du Mans, en passant par la start-up nantaise Voltigital, spécialiste de la minéralisation-carbonatation. Autre débouché : l’e-kérosène. Un carburant de synthèse pour l’aviation qui devrait commencer à être produit après 2030 par Take Kair à Donges, entre Nantes et Saint-Nazaire.
Deux autres innovations La politique de décarbonation du Mans ne s’arrête pas là. « L’objectif de réduction de la quantité de déchets non recyclés demeure une priorité, précise Stéphane Le Foll, qui se félicite que Le Mans Métropole accueille deux autres innovations importantes dans le domaine énergétique. En 2028, nous aurons, au nord de notre territoire, le premier réseau de chauffage urbain 100 % énergies renouvelables car la chaleur sera entièrement issue de la
biomasse, notamment via le plan de gestion des haies. » Syner’Val, de son côté, est déjà raccordée, depuis 1991, au réseau de chauffage urbain, alimentant l’équivalent de 17 000 logements.
A la recherche d’alternative aux combustibles fossiles, la métropole mise aussi sur le solaire. « Cet automne, Radiant, entreprise émergente près de Saclay, en Ile-de-France, posera la première pierre de son site de production de chaleur industrielle décarbonée, grâce à l’énergie solaire, pour atteindre de très hautes températures, pouvant dépasser les 1 000 °C », détaille l’ancien ministre de l’Agriculture. Il estime que ces initiatives ne sont pas des cas isolés mais pourraient être répliquées ailleurs en France. « Je plaide pour un pacte sur la transition énergétique entre Etat et collectivités locales, lesquelles sont en première ligne de cette démarche et de ces enjeux, dans le cadre des contrats de plan Etat-région. » Et pourquoi pas un pacte au niveau européen ? L’édile du Mans voit grand.
« Au Mans, nous développons un projet réplicable de valorisation du CO2 qui s’appuie sur les principes de l’économie circulaire. A partir de 2027, nous capterons 2 000 tonnes de CO2 par an provenant de deux sources. La première est issue de notre démonstrateur qui prévoit de capter 90 % du CO2 issu de 10 % des fumées de l’Unité de Valorisation Energétique de la collectivité. La seconde doit capturer le CO2 issu de la purification du biogaz de la station d’épuration située en face, également opérée par Veolia. Le CO2 sera ensuite valorisé comme matière première dans des applications industrielles comme la cryogénie, ou l’agriculture : le déchet devient ressource dans une boucle vertueuse. Le projet est innovant à trois égards. Il permet d’abord de démontrer la viabilité économique et technique de la capture de CO2 à la source (fumées et biogaz). Il participe ensuite à structurer un écosystème local pour développer de nouveaux usages comme la séquestration permanente du CO2 par minéralisation. Enfin, il permet de montrer qu’il est possible de concilier rentabilité économique et impact environnemental positif : chaque année, 2 000 tonnes de CO2 seront réutilisées localement, ce qui évitera d’acheter du CO2 produit à partir de gaz naturel pour fabriquer des engrais chimiques. »
Elodie Le Cadre, Directrice de l’Offre Décarbonation Unités industrielles chez Veolia
Par Stéphanie Condis