Les mois les plus froids ont toujours été une épreuve pour le pays, mais ses défenses affaiblies et la Russie sur les dents pourraient empirer les choses cette année.
Les mois les plus froids ont toujours été une épreuve pour le pays, mais ses défenses affaiblies et la Russie sur les dents pourraient empirer les choses cette année.
Le conflit ukrainien prendra-t-il fin avant le retour du grand froid ? Improbable, cette issue a néanmoins été évoquée par Volodymyr Zelensky le mardi 22 septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans un communiqué, le président ukrainien a assuré que son pays et Les États-Unis, « veulent voir cette guerre absurde menée par la Russie prendre fin avant l’hiver ».
Volodymyr Zelensky assure même avoir discuté avec Donald Trump de « mesures de désescalade susceptibles d’ouvrir la voie à la diplomatie ». Que tous ces espoirs soient fondés ou non, ils mettent au cœur des discussions l’arrivée de la saison froide, une perspective redoutée par les Ukrainiens. Ces dernières semaines, de nombreux articles et analystes ont même estimé que l’hiver 2026 pourrait être le plus difficile depuis le lancement des hostilités par la Russie en février 2022.
Une lecture partagée par Ulrich Bounat, analyste géopolitique et chercheur chez Euro Creative interrogé par Le HuffPost. D’après lui, les propos de Volodymyr Zelensky mardi témoignent d’une inquiétude qui remonte même au début de l’été.
Des infrastructures énergétiques en déroute« Le retour du froid est extrêmement compliqué pour les civils des grandes villes, notamment de Kiev », explique Ulrich Bounat, soulignant que le pays pourrait bien affronter une « météo aussi rude que l’hiver dernier », déjà compliqué, mais cette fois-ci avec « 90 % des centrales hors nucléaires qui ont été touchées, endommagées voire détruites » par des frappes russes.
Même son de cloche chez le Kyiv Independent, qui déplore que le pays ne soit pas « assez préparé » pour faire face aux affres de l’hiver. Des responsables cités par le journal ukrainien affirment qu’au-delà de leur « communication optimiste », les autorités n’ont pas beaucoup avancé sur le « plan de résilience énergétique » annoncé en mars par Volodymyr Zelensky et promettant une réparation et une sécurisation des infrastructures clefs.
« L’Ukraine a restauré une part importante de ces capacités, mais Moscou cherche à détruire plus vite que Kiev ne peut reconstruire », nuance auprès du HuffPost Maksym Beznosiuk, chercheur associé au think tank GLOBSEC. D’après lui, les attaques russes sur un an ont endommagé les capacités énergétiques ukrainiennes à hauteur de 9 GW – une puissance équivalant à une petite dizaine de réacteurs nucléaires français.
Les frappes pardonnent d’autant moins que le système de « chauffage centralisé » qui prédomine dans les villes est « le talon d’Achille » de l’Ukraine, enfonce Bloomberg. Il suffirait qu’« une installation majeure [vienne] à être endommagée » pour que « des quartiers entiers se [retrouvent] sans chauffage », estime l’agence américaine, d’après qui il serait alors « impossible de rétablir le service rapidement ».
Un « spectre des frappes » qui s’« élargit »Aux problèmes d’énergie et de chauffage, déjà sévères l’an passé, s’ajoute l’« élargissement du spectre des frappes », constate Ulrich Bounat. « Les Russes ont commencé à viser le système de traitement des eaux, le réseau ferroviaire, mais aussi des entrepôts d’hypermarché ou de médicaments », expose-t-il, y voyant « le signe que Moscou ne se prive de rien » et veut « complètement casser l’économie ukrainienne » et notamment « les chaînes de ravitaillement ».
L’objectif est de déborder l’Ukraine en ciblant « des milliers d’infrastructures dispersées et pas défendables simultanément », abonde Maksym Beznosiuk, soulignant que les frappes font d’autant plus de mal que « la Russie a considérablement augmenté sa production de missiles ». En face, « l’Ukraine manque chroniquement des intercepteurs Patriot », à un moment où Washington veut en garder pour sa guerre au Moyen-Orient.

DARYA NAZAROVA / AFP
L’Ukraine craint de connaître son pire hiver depuis le début de la guerre, entre pénuries et pilonnages russes. (photo d’illustration d’un incendie à l’Université Nationale de Zaporijia après une frappe de drone russe, le 21 septembre)
Comme le soulève le think tank Atlantic Council, l’armée russe a aussi mis en service des « drones à réaction […] nettement plus rapides que leurs prédécesseurs à hélice » et donc « bien plus difficiles à contrer », pour « terroriser » les civils ukrainiens. La faiblesse des défenses aériennes ukrainiennes se ressent dans « le taux d’interception » des frappes, décrit Ulrich Bounat, évoquant des chiffres autrefois « entre 60 et 70 % » et désormais « en dessous des 30 % ».
Vers une fuite d’une partie de la population ukrainienne ?« Ça donne une idée des difficultés pour protéger le réseau électrique et de chauffage, mais aussi les civils », ajoute l’expert, selon qui une partie de ces derniers pourraient fuir vers les pays limitrophes (Hongrie, Pologne, Roumanie) ou dans les régions tout à l’ouest de l’Ukraine.
Au-delà des pénuries et du froid, les populations des grandes villes peuvent craindre de n’être pas suffisamment protégées. D’après une information reprise par plusieurs médias ukrainiens dont le Kyiv Independent, la ville de Kiev a prévu un plan pour abriter plus de 200 000 de ses résidents dans des abris. Un dispositif presque dérisoire, comparé aux plus de 3 millions d’habitants que compte la capitale.
De quoi faire craindre une capitulation ukrainienne ? Non, affirme l’analyste géopolitique, pour qui même un « hiver apocalyptique » ne suffirait pas à faire plier la population. Selon lui, « le scénario du pire ce serait une Ukraine exsangue, contrainte à des concessions plus importantes », notamment sur le Donbass, mais dont rien n’indique qu’elles calmeraient pour autant les ambitions poutiniennes…
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