Le nouveau barème dévoilé cette semaine par le ministre de l’Éducation prévoit une notation plus sévère de l’orthographe et de la syntaxe au bac et au brevet 2026. Mais en amont, quelles mesures pour améliorer...
Le nouveau barème dévoilé cette semaine par le ministre de l’Éducation prévoit une notation plus sévère de l’orthographe et de la syntaxe au bac et au brevet 2026. Mais en amont, quelles mesures pour améliorer l’enseignement des bases ?
Noter plus sévèrement la qualité de l’orthographe au brevet des collèges et au bac : c’est une des priorités du ministre de l’Éducation Edouard Geffray. Il avait lancé cette directive un peu tardivement au printemps, quelques semaines avant les examens, n’en étant pas (ou peu) suivi par les correcteurs. Il remet ça pour l’année scolaire 2026-2027 en ayant pris soin de faire plancher une commission sur la question au préalable. Les nouveaux barèmes de notation présentés ce mercredi 16 septembre sont présentés comme incontournables : une grille d’évaluation déclinée de "très insuffisant" à "très satisfaisant" et qui s’appliquera de manière uniforme à l’ensemble des disciplines.
"Un an pour rattraper notre niveau, c’est trop juste"Un élève perdra d’office deux points, quelle que soit la matière, en cas de défaillance dans l’expression écrite. Pour les épreuves rédigées telles que le français ou l’histoire-géographie, une copie jugée incompréhensible en termes de syntaxe, d’orthographe et d’organisation d’idées, ne pourra dépasser la moyenne. Cette annonce intervient une semaine seulement après le dernier classement international Pisa, où les élèves de 15 ans français décrochent un peu plus en termes de compréhension de l’écrit (25e place, 18 points de moins qu’en 2022).
Qu’en pensent les premiers intéressés ? "En vrai c’est un peu sévère d’appliquer ça cette année, on va être les premiers à être notés comme ça alors qu’un an ça ne suffit pas forcément pour rattraper le niveau", s’insurge Élies (*), élève de première devant le lycée Victor-Hugo de Lunel. "Je suis plutôt bonne élève en Français et je trouve normal que la qualité de l’expression soit mieux récompensée", estime au contraire Manon (*). Même clivage du côté des enseignants. Professeure de français au collège Varsovie de Carcassonne, Claire Borde, représentante locale du Snes-FSU, dénonce "une mesure désobligeante pour les professeurs car elle laisse supposer que l’on ne notait pas l’orthographe correctement. Or ce type de barèmes existent déjà et quand la syntaxe d’une copie est très mauvaise, voire incompréhensible, elle n’atteignait déjà pas la moyenne."
"Certains élèves disent "ça ne vaut pas le coup d’y aller"L’enseignante reconnaît que "la maîtrise de l’orthographe est un outil de libération sociale important, mais comment faire progresser nos élèves dans des classes à 30 de moyenne, sans possibilités d’individualiser ?" Elle craint en outre un effet "décourageant" auprès des élèves en difficulté : "L’an dernier, certains me disaient, si c’est ça, c’est même pas la peine de passer le brevet."
"Un barème durci ne sera efficace que si on a les moyens de nos actions, abonde Virginie Boutec, prof de lettres au collège François Mitterrand de Clapiers et qui enseigne depuis 25 ans. On a 4 h 30 par semaine alors qu’on était à 6 quand j’étais élève… J’essaye d’organiser une douzaine de dictées par an dont six préparées mais il y a tant à faire, on est vite submergés. Le dispositif d’aide aux devoirs a aussi été réduit. On nous demande de faire plus avec moins."
En tant que formatrice en maîtrise de la langue, Virginie Boutec, professeur de lettres, fait partie du Cercle d’études et de maîtrise de la langue de l’académie de Montpellier. Sous l’égide du rectorat elle forme des enseignants de toutes disciplines "à avoir des pédagogies innovantes sur le lexique, apprendre des nouveaux mots, à réfléchir sur leurs pratiques, pour élargir leur palette. Des choses à mettre en place aussi pour les élèves qui arrivent de l’étranger ou à besoins particuliers. Nous sommes une vingtaine de formateurs chapotés par deux inspecteurs de l’académie."
Pour Jessica Boyer, professeure de SVT au lycée Henri IV de Béziers et vice-présidente académique du Snalc, "cette mesure va dans le bon sens car un barème national est synonyme d’équité et il devient urgent de relever le niveau catastrophique. Au lycée, il est fréquent d’avoir 20 fautes en deux lignes de texte. La question d’intelligibilité est cruciale dans la formation du futur citoyen."
On a perdu 500 heures de français en 40 ans sur une scolarité du primaire au collège.
"Ces annonces n’ont rien de révolutionnaires, tempère-t-elle, il faut qu’elles soient suivies d’effet dans les programmes. Les chiffres montrent que les élèves ont aujourd’hui 500 heures de français en moins, primaire et collège inclus, qu’il y a 40 ans. On a peut-être trop épuré certains programmes au profit d’autres choses. On a sans doute sacrifié deux ou trois générations sur l’autel du ce n’est pas grave, mais il y a une vraie réflexion collective à avoir sur l’enseignement de la langue."
Dans les contenus quotidiens, Claire Borde reconnaît "insister plus sur le développement du vocabulaire depuis deux trois ans." A Clapiers, Virginie Boutec mise sur la méthode différenciée dans une classe semi-flexible : "Les élèves disposent de fichiers et ressources que j’ai mis en place avec mes propres moyens pour se corriger tous seuls, avec des points bonus à la clé. Ça marche bien et ça les rend actifs. On a tellement d’enfants "dys" aujourd’hui dans une classe de 30 qu’on est obligés de s’adapter."