Un édito de François Mathieu. ...
À La Panne, la Villa Les Tournesols, construite en 1904 par Albert et Alexis Dumont, disparaîtra bientôt après le passage des pelleteuses. À sa place s'élèvera un immeuble de neuf étages. Neuf de plus dans un paysage côtier belge qui, depuis des décennies, semble avoir fait de l'enlaidissement sa principale ambition.
Parce que, oui, une fois de plus, le bâtiment "Les Tournesols" n'est pas une villa quelconque. Avec ses briques vernissées et ses ferronneries, elle appartient à cette "Belle Époque" balnéaire dont il ne subsiste plus que quelques fragments, ici et là. Pourtant reconnue comme patrimoine architectural flamand, elle n'était pas protégée. Là où la commune du Coq est parvenue à préserver l'essentiel de son patrimoine architectural, le bourgmestre de La Panne explique à nos confrères du Standaard -qui relaient l'information – qu'il aurait aimé conserver la villa, mais ne disposait d'aucun argument juridique pour s'y opposer.
Et que la Région, si elle avait été sollicitée, aurait de toute façon accédé aux prétentions du promoteur. Le raisonnement est bancal, mais il ne surprend guère. La Côte belge reste le théâtre d'une étrange fatalité : ce qui a déjà été détruit semble toujours justifier ce qui doit encore l'être. Autrement dit : puisque le paysage est déjà défiguré, pourquoi sauver ce qui subsiste ?
C'est le raisonnement inverse qu'il faudrait tenir. Surtout par les temps qui courent, alors que les enjeux d'aménagement du territoire et d'urbanisme ont rarement été aussi importants. Mais soit. Sur les 67 kilomètres du littoral belge, certaines parcelles ont été réaménagées trois ou quatre fois en un siècle. Les villas du XIXe siècle ont quasiment disparu ; les réalisations "modernistes" des années 50-60 aussi. À La Panne, il ne resterait bientôt plus qu'une poignée de bâtiments présentant une réelle valeur patrimoniale sur la digue. À Ostende, la Villa Maritza, sauvée de justesse de la démolition, rappelle encore ce que fut cette Côte avant le règne du béton.
La vue sur mer, un luxe devenu quasiment impayable ?Quel gâchis ! Entre 1996 et 2024, des dizaines de milliers de nouveaux logements ont été autorisés. Tourisme de masse, engouement pour les résidences secondaires — la période Covid a naturellement apporté sa pierre à l'édifice —, politiques urbanistiques chaotiques et dispersées… Les raisons ne manquent pas pour qualifier la Côte belge de "laide". C'est dommage car à force de remplacer chaque témoin du passé par une "résidence exclusive" de plusieurs étages, on finira par ternir jusqu'aux derniers, les atouts "charme" de la Côte.
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