Inauguré en 1923, le premier parc acquis par une province belge a été aménagé sur une ancienne propriété appartenant aux jésuites. Chacun trouve son coin de paradis. ...
C'est à Deurne, à l'est d'Anvers, que s'étend le Rivierenhof, un écrin de verdure de 135 hectares coincé entre l'E313, la Turnhoutsebaan et la Ruggeveldlaan.
Inauguré le 7 mai 1923, ce parc centenaire est le premier acquis par une province belge. L'ouverture de ce vaste espace vert au public constitua une innovation majeure pour l'époque. Elle répondait à la volonté d'offrir aux habitants des quartiers ouvriers, souvent privés d'espaces de détente, un lieu propice à la promenade, au repos et au grand air. L'initiative fera école. Toutes les provinces belges finiront par créer leurs propres domaines provinciaux.
"Pendant la pandémie aussi, les parcs publics ont montré toute leur utilité. Ils offrent de la fraîcheur, du calme et de l'espace. C'était déjà leur vocation il y a cent ans", insiste notre guide Peter Verdyck, directeur des Espaces verts de la Province d'Anvers.
Un ouvrier dans un état critique après une chute de la cathédrale Notre-Dame d'AnversSauveur de parcsPourtant, ce n'était pas gagné d'avance pour le Rivierenhof. S'il est aujourd'hui ouvert au public, il le doit en grande partie à un seul homme : Joseph Schobbens.
Avocat, greffier provincial et amoureux des espaces verts, l'Anversois est resté dans l'histoire comme le "sauveur des parcs anversois". Écologiste avant l'heure, il avait déjà participé au rachat du Nachtegalenpark et de Den Brandt par la Ville d'Anvers, avant de convaincre les autorités provinciales d'acquérir le Rivierenhof.
En 1921, la Province débourse cinq millions de francs belges pour acheter le domaine à la famille Cogels. Celle-ci en était propriétaire depuis 1776, après l'avoir acquis à la suite de la dissolution de l'ordre des jésuites par le pape Clément XIV. Le souvenir de cette époque subsiste encore aujourd'hui : l'une des entrées du parc porte toujours le nom de Jezuiëtenpoort, la "porte des Jésuites". Ce qui caractérise le parc est aussi le Schijn, qui le baigne et alimente plusieurs étangs.
Bart De Wever réussit un tour de force à Anvers en présence d'Emmanuel Macron, mais reste un point noir : "Ne nous transformons pas en losers"Jogging du dimancheLe Rivierenhof est un véritable poumon vert aux portes de la Métropole. Chacun trouve son coin de paradis. Certains viennent admirer les arbres remarquables ou flâner au bord des étangs. D'autres profitent des terrains de sport et des vastes pelouses. Les familles se retrouvent à la ferme pédagogique, les amateurs de fleurs à la roseraie, tandis que les serres et les jardins historiques rappellent le riche passé du domaine…
Le parc attire aussi quelques visages connus. Le metteur en scène Erik Van Looy, figure bien connue en Flandre, y fait régulièrement son jogging. Tout comme… Bart De Wever (N-VA), le Premier ministre qui habite le quartier et vient régulièrement y faire son jogging le dimanche avec son épouse.
Le nombre de vélos dans le parc est à son tour impressionnant. "Il y a tellement de cyclistes que nous avons été obligés de rappeler aux cyclistes que les piétons sont prioritaires dans le parc", rappelle Peter Verdyck. Pas de vitesse maximum. Mais à certains endroits, fréquentés par des enfants, les cyclistes doivent impérativement ralentir. S'ils ne respectent pas le règlement, ils risquent une amende.
L'envers du décor des parcs bruxellois: "On nous a un jour volé un bananier. Je peux vous dire que les policiers ont trouvé cela assez amusant"Fête des rosesLe Rivierenhof est bien plus qu'un parc. Des activités y sont fréquemment organisées. Les écoles participent à des journées découvertes. Ainsi, dans l'orangerie Sprookjeshuis, des ateliers d'apprentissage à la lecture sont organisés.
Chaque année, une grande "Fête des roses" se tient dans la superbe roseraie du parc. Expositions d'art contemporain, spectacles en plein air dans le grand théâtre qui accueille 50 000 visiteurs chaque année, visites guidées, cours de chant, même une course à pied baptisé "Valentijn run" le 14 février où les participants célèbrent la fête de l'amour.
À Anvers, les artistes ont-ils encore leur place au centre-ville ?"Mon chien ne fait rien"Au cours de notre promenade, nous croisons Eric, gardien du parc depuis quarante ans. Dans quelques mois, il prendra sa retraite. Mais il reviendra, promet-il, se promener au Rivierenhof.
Comme tant d'autres habitants de Deurne, il considère ce parc comme son jardin.
En quatre décennies, il en a vu passer des promeneurs… et entendu mille fois la même phrase.
"Monsieur, votre chien doit être tenu en laisse.
— Oui, mais le mien ne fait rien…"
Eric éclate de rire. "Je ne compte plus le nombre de fois où je l'ai entendue."
Et… sa plus grande fierté ? "En quarante ans, nous avons retrouvé chaque enfant qui s'était perdu ici." Une phrase qui résume sans doute mieux que toutes les statistiques ce qu'est resté le Rivierenhof : un lieu où l'on veille les uns sur les autres.
Pour aller plus loin : Rivierenhof Parkgeheimen, ouvrage en néerlandais signé Stella Van Hofstraeten, 2023, publié par la Province d'Anvers. Rens. info@lusterpublishing.com
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