Les coupes budgétaires et les suppressions de places d’accueil au Hub humanitaire de Bruxelles accueillant chaque jour 500 personnes en demande de protection internationale, pèsent sur les équipes comme sur les usagers. ...
Dans l'immense hall d'accueil, chacun vaque à ses occupations. Autour d'une table, une dizaine d'hommes fait charger ses téléphones portables, pendant qu'elle scrute intensément le petit écran de lumière. Dans la cour, deux autres hommes jouent au badminton. Au fond, sous un préau en tôle, trois personnes sont assises sur des chaises, pour s'y faire coiffer. Au milieu de cette fourmilière, passent les employés du lieu, reconnaissables à leur gilet rouge ou blanc, arborant tantôt le logo d'une ONG, tantôt l'inscription Hub, du nom de l'endroit où ils se trouvent. Ils sont reconnaissables, aussi, à leur air pressé malgré une bienveillance indéniable lorsqu'un usager les arrête pour leur poser une question.
"Nous sommes à flux tendu", souffle Christa Matthys, la coordinatrice générale ad interim du Hub humanitaire situé à deux pas de Tour et Taxis à Bruxelles.
Chaque jour, environ 500 personnes dans le besoin sont accueillies ici. Elles y trouvent notamment des infrastructures pour se doucher, des vêtements, une aide juridique ou de la nourriture. Elles sont également orientées, lorsque cela est possible, vers des centres d'accueil; le Hub n'étant qu'un centre de jour.
Ici, la suppression de 1.000 places d'accueil pour les personnes demandeuses d'une protection internationale, annoncée début juillet par le gouvernement fédéral inquiète. "Dans la moitié des cas, nous ne parvenons pas à trouver une solution pour les familles sans toit. Il arrive que nous devions renvoyer des personnes à la rue", ajoute la coordinatrice générale. Sur une année, 120.000 personnes franchissent les portes du Hub.
Les failles de la politique migratoire de Giorgia Meloni : "Ce décret fabrique des esclaves"En pénétrant dans l'un des bâtiments, l'atmosphère se tend. Mais le sourire d'Abraham, l'un des bénévoles qui s'occupe de l'accueil met soudainement plus à l'aise. "Ici, il y a le magasin pour les hommes, explique Christa Matthys. Ces derniers mois, nous avons dû réduire le service. Le magasin est moins souvent ouvert."
Pour pouvoir acheter des vêtements ou des sacs de couchage, les usagers du Hub humanitaire reçoivent une carte sur laquelle est inscrit ce qu'ils ont déjà reçu. "Nous avons dû diminuer le nombre de tickets distribués pour le magasin", annonce la coordinatrice générale.
Le Hub humanitaire à Bruxelles. ©Louis DominéUn étage plus haut se trouve le magasin pour les femmes. En poursuivant leur route, les usagers du Hub déboulent sur l'étage des rendez-vous individuels. Ils y reçoivent une assistance, notamment juridique. L'atmosphère y est plus solennelle que dans le reste du centre. "C'est pour appeler", lâche timidement une dame d'une trentaine d'années au bénévole en charge de l'accueil à cet étage. "Auparavant, déplore Christa Mattys, nous proposions des consultations médicales mais, faute de budget, nous n'avons plus pu faire venir les médecins. Des infirmières proposent toujours des soins mais nous ne sommes plus en mesure de faire de l'individuel. Pourtant, la demande est là; beaucoup d'usagers sont contraints de dormir à la rue et certains arrivent le matin blessés."
Le Hub propose d'autres services comme une distribution de repas, un accès à des douches ou encore un service de buanderie, par exemple.
Fermeture exceptionnelleLa diminution du budget alloué au Hub humanitaire pèse sur les équipes, déplore encore la coordinatrice générale ad interim. "Nous avons perdu 50 % de notre financement. Au total, vingt personnes ont perdu leur emploi, ajoute-t-elle. La décision a été prise l'année dernière de diminuer les budgets. Puis, une phase de transition a débuté fin mars jusqu'au 1er juin, date depuis laquelle nous fonctionnons avec des effectifs réduits."
Le Hub humanitaire est géré par un consortium de trois organisations : La Croix-Rouge, Médecins du monde et BelRefugees, auxquelles vient se greffer une multitude d'autres associations, parfois de matière récurrente, parfois plus sporadiquement. "Le Hub n'est pas le seul à être victime des coupes budgétaires", précise Christa Matthys. C'est tout un réseau d'aide qui est sous pression.
La semaine dernière, c'en fût trop. Face à un "épuisement" des équipes encore mobilisées, le Hub a été contraint de fermer ses portes durant deux jours. "Cela n'a vraiment pas été une décision facile. Une fermeture le lundi et le mardi, cela veut dire que les usagers ont dû passer quatre jours sans avoir accès à nos services (dernièrement, le Hub a déjà réduit son accueil à cinq jours par semaine, au lieu de sept, NdlR). Nous avons eu des familles à la porte qu'il a fallu réorienter. Des familles avec des bébés. Pour nous, ça fait très mal", évoque Christa Matthys, non sans une certaine émotion.
Le Hub Humanitaire ferme exceptionnellement deux jours à Bruxelles : "Une décision difficile mais nécessaire"Néanmoins, cette fermeture était vitale pour les équipes du Hub. "Nous tenons à proposer des services de qualité. Il était donc nécessaire de prendre ce temps pour nous réorganiser, faire des plannings pour la suite et permettre au personnel de récupérer un peu d'énergie", ajoute la coordinatrice.
Ces restrictions n'empêche pas Mathieu, un employé du Hub chargé de la distribution alimentaire, de se montrer motivé par son travail. "On sait pourquoi on le fait. Mais la phase de restructuration nous a forcés à repenser le service proposé; cela crée inévitablement des frustrations et des pressions. Néanmoins, nous avançons mais difficilement."
PessimismeUne telle fermeture pourrait-elle se reproduire ? "J'espère vraiment que ce ne devra être fait qu'une seule fois mais je ne peux pas le garantir", assure Christa Matthys qui se dit pessimiste quant à l'avenir du Hub.
La Belgique demandera le renforcement de contrôles ciblés aux frontières au sommet européen sur la migrationDans la cour du Hub, l'heure est pourtant à la fête. Une activité culturelle est proposée aux usagers. Parmi les bénévoles et les employés du Hub, c'est l'effervescence. Il a été décidé de maintenir l'activité malgré le contexte difficile pour tenter de changer les idées des usagers du centre. "Une partie d'entre eux est au courant de cette situation. On en parle mais surtout de manière informelle. Mais il n'y a pas qu'ici que les choses sont difficiles, tout devient de plus en plus dur pour les personnes en migration. Nous organisons, par exemple, des séances d'information pour clarifier le pacte migratoire européen qui vient d'entrer en vigueur et qui suscite beaucoup d'inquiétude", détaille Christa Matthys. La coordinatrice générale ad interim espère que les employés parviendront à tenir le rythme. "Je ne suis pas optimiste", confie-t-elle.
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