À quelques jours de la rentrée scolaire, la ministre de l’Éducation fait le point sur ses projets. ...
Après une fin d'année mouvementée, Valérie Glatigny entame sa troisième rentrée.
La rentrée est déjà couverte par un préavis de grève, vous vous attendiez à ce que la colère soit toujours présente ?
Il faudra voir comment ça va se passer. J'espère qu'on aura une rentrée aussi sereine et apaisée que possible pour éviter d'avoir des élèves pris en otage. C'est important pour le début de l'année qui est un moment toujours chargé en émotion pour les élèves et pour les parents. Il faut essayer d'être orienté vers le bien-être des élèves, et en particulier en cette rentrée. J'ai envoyé une invitation aux syndicats et aux fédérations de PO pour une rencontre le 1er septembre. Il y a une vraie demande de plus de dialogue, de meilleure planification et d'explications sur le projet de stabilisation des jeunes enseignants dans le métier. Si la demande syndicale est de revenir sur les mesures d'économie, il faut faire le constat que cet été, notre situation budgétaire ne s'est pas soudainement améliorée. Par contre, je suis tout à fait disponible pour discuter de certaines réformes qui ont un impact organisationnel important pour avoir un calendrier de faisabilité. On va aussi organiser dix rencontres avec une centaine d'enseignants jusqu'en janvier dans chaque province, de façon à vraiment prendre le pouls de ce qui vit sur le terrain. Ce n'est pas un remplacement des rencontres avec les corps intermédiaires.
Les directions parlent d'une rentrée très difficile et demandent plus de considération. Que leur répondez-vous ?
On veut revaloriser le métier parce que beaucoup hésitent à faire cette longue formation et à endosser cette fonction. Donc on va assurer, à la rentrée 2027, une tension barométrique de 25 % par rapport au salaire des enseignants pour mieux reconnaître la fonction des directions. Il y a une tension barémique de 25 % pour les directions d'école, et puis mon idée c'est de les associer à ce comité d'avis, afin qu'il n'y ait plus cette impression que l'information a été diffusée aux fédérations de PO, aux organisations syndicales mais pas aux directions d'école.
Des enseignants déposent une valise devant le domicile de la ministre Glatigny: "Valérie, prends des vacances et surtout ne reviens pas !"La grosse difficulté a été de caser les deux périodes supplémentaires pour les profs du secondaire supérieur avec pour certains la perte d'heures…
Il y en a 2.100 départs naturels dans le secondaire supérieur. La mesure des deux périodes en plus permettrait de ne plus avoir besoin de 1300 équivalents temps pleins. Donc reste avec une pénurie de profs. Au niveau macro, je ne suis pas inquiète, logiquement la plupart des profs vont retrouver leurs heures. Au niveau micro, effectivement, c'est plus compliqué et personne ne minimise ça. À ce stade, on n'a pas d'information selon laquelle il y aurait des drames avec des enseignants qui perdent toutes leurs heures.
L'autre point d'interrogation, c'est en première, les fameuses deux journées orientantes. En quoi ça consiste ?
On n'a jamais dit que ça devait être un stage. Si l'école veut faire un stage, elle peut mais ça peut être inviter un avocat à venir parler de son métier, proposer à un élève de passer quelques heures à la pharmacie du coin ou encore une activité organisée par les jeunes entrepreneurs pour apprendre comment monter une mini-entreprise. Les activités orientantes peuvent être intramuros. On a demandé que ça se passe pendant les jours blancs. Mais on entend bien que pour des raisons organisationnelles, ça puisse être compliqué. Raison pour laquelle il y a vraiment une latitude quant à l'organisation du projet en lui-même.
Direction et professeur s'estiment décrédibilisés par les recours des parents, qui bien souvent, cassent leur décision pour faire passer l'élève dans l'année supérieur. Le seuil de réussite à 60 % pour le CEB cette année doit permettre de lutter contre ça ?
On souhaite vraiment donner plus de poids à la décision pédagogique de l'enseignant en réintroduisant la possibilité d'un redoublement, en supprimant les recours automatiques, et en attirant aussi l'attention sur le caractère certificatif du CEB. On veut marquer toute la différence entre passer automatiquement d'une année à l'autre et vraiment réussir son année, avoir un CEB qui certifie qu'un élève qui arrive en 1ère secondaire a bien fait l'acquisition de ses compétences de base. Et en parallèle, on a aussi renforcé, non pas l'accompagnement renforcé, mais l'accompagnement personnalisé qui arrive en 1ère secondaire.
Vu le taux de réussite au CEB 2026, avez-vous une idée de l'impact du rehaussement du seuil de réussite ?
On fait le pari d'une adaptation. Le tronc commun est arrivé en 6e primaire cette année, on a eu le premier CEB qui montre quand même une érosion du taux de réussite entre 2016 et 2026. Ça nous conforte dans notre volonté de mettre l'accent sur les compétences de base, (calcul, lecture, écriture avec le test CLE) et d'envoyer un signal d'exigence. Ce n'est pas parce qu'on monte le seuil qu'on va automatiquement augmenter le nombre d'échecs, sinon on ne pourrait plus jamais faire le pari d'une augmentation de la qualité. Les études internationales disent qu'il faut, pour avoir une augmentation de la qualité de l'enseignement et une augmentation des compétences des élèves, trois choses : il faut un seuil d'exigence plus élevé qui soit clair et qui fasse l'objet aussi d'un accompagnement renforcé des élèves. On en appelle au sens de l'effort des élèves (plus de CEB octroyés automatiquement). Il n'y a pas d'économie dans l'encadrement des élèves, au contraire là il y a un renforcement.
Valérie Glatigny prend des mesures contre le décrochage scolaire, l'opposition dénonce la création "d'une école à deux vitesses"Vous l'avez dit, toutes les mauvaises nouvelles ont été annoncées ces deux premières années du gouvernement, quelle est la suite maintenant ?
Je ne souhaite plus proposer d'économie dans l'enseignement. Les mesures positives arrivent en 2027 : CDI pour stabiliser les jeunes dans le métier, salaire plus élevé de 5 % pour les jeunes formés en quatre ans, deux périodes face classe en moins pour les profs dans leur première année et ceux qui ont au moins 60 ans. Et à partir du 1er septembre, le Code pénal révisé entre en vigueur au Fédéral
Qu'est-ce que cela signifie pour les enseignants ?
Quand ils sont victimes de pression, de violence verbale ou physique de la part d'un parent ou d'un élève et qu'ils portant plainte, il y a une poursuite systématique avec des sanctions plus lourdes parce qu'on s'en prend à un enseignant. On reconnaît l'enseignant comme une figure d'autorité au même titre qu'un policier en fonction ou au même titre qu'un ambulancier en fonction. On veut passer comme signal une tolérance zéro. C'est une façon de revaloriser la profession.
Vous annoncez le CDIe pour la rentrée 27-28, on en est où ?
On ne peut plus se permettre d'attendre étant donné la pénurie dans laquelle nous sommes. En 2027, les diplômés auront été formés non plus en trois mais en quatre ans. Cette année supplémentaire, c'est une formation de meilleure qualité. Nous voulons leur donner une perspective indéterminée pour ancrer ces jeunes rapidement dans le métier afin qu'ils puissent construire leur vie.
Concrètement, ça fonctionnerait comment car la rentrée se fait fin août ?
L'objectif est d'assurer un contrat qui couvre toute une année civile de façon à éviter aux professeurs temporaires qui reçoivent leur C4 à la fin de l'année de se retrouver au chômage l'été sans savoir s'ils retrouveront des heures à la rentrée. Est-ce que ce sera d'août à août, de septembre à septembre ou d'octobre à octobre ? Pour le moment les modèles sont à l'étude et en discussion. Rien n'est stabilisé car on attend encore le retour de certaines fédérations de PO. Ce qui est certain, c'est qu'on veut couvrir juillet-août sur le plan salarial et ne plus avoir cette rupture qui est mal vécue.
Valérie Glatigny annonce une série d'engagements pour renouer avec les enseignants : "Il n'y aura plus aucune nouvelle économie sur l'école"Et la fin des nominations, c'est pour quand ?
C'est la seconde partie du projet. Mais cela coûte car les pensions seront à charge de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On parlerait de plusieurs centaines de millions d'euros d'ici à 2070 si le taux de cotisation patronale reste identique à celui d'aujourd'hui. J'ai été aussi loin que possible dans les négociations avec le Fédéral pour avoir un taux de cotisation patronale plus bas pour que ce soit tenable pour la FWB. En l'absence de réponse claire du Fédéral, cette deuxième partie est en suspens et probablement qu'on n'arrivera pas à la fin des nominations d'ici la fin de la législature. On ne veut pas plomber les finances de la Fédération.
On va pouvoir investir davantage dans l'enseignement maintenant ?
On n'a pas désinvesti dans l'enseignement, on a juste essayé de casser l'emballement de la dette. 73 % du budget de la Fédération va à l'enseignement et, la plus grosse partie, ce sont des salaires. On a très peu de marge ailleurs et nous ne pouvons pas lever l'impôt. C'est terriblement frustrant d'avoir une capacité d'investissement vraiment limitée.
Faudrait-il revoir le fonctionnement de la Fédération pour qu'elle puisse lever l'impôt ?
La Flandre a une seule entité, région et communauté ont fusionné. elle peut lever l'impôt et décider de faire porter des économies ailleurs que dans l'enseignement qui représente 25 % de son budget là où chez nous, il représente 73 %. La difficulté, c'est Bruxelles. Mais il y a une réflexion sur la fusion et je suis extrêmement favorable à ce qu'on l'ait. Mais si on attend une réforme institutionnelle, je pense qu'elle ne peut pas arriver rapidement toute souhaitable qu'elle soit et donc on ne va pas tout d'un coup avoir une capacité fiscale. Il faut aussi regarder si toutes les dépenses sont légitimes.
Canicules dans les écoles : "Ce sont les pouvoirs organisateurs qui doivent veiller au respect du bien-être", se défend Valérie GlatignyLa Ligue des Familles a sorti son étude sur le coût d'une année scolaire et plaide notamment pour une révision des rythmes journaliers, ça en est où ?
La Fondation Roi Baudouin va nous présenter les résultats de l'étude en septembre. On va la regarder avec beaucoup d'attention mais est-ce à la FWB de prendre en charge l'enfant dès 7h à 17h-18h avec la garderie, le cours de piano, les repas, etc. ? Il faut que chacun fasse sa part, y compris les parents. Élever un enfant, c'est un coût. Il faut pouvoir assurer une égalité des chances au départ mais si on nous demande de prendre en charge sur le budget de l'enseignement absolument tous les coûts que peut générer l'éducation d'un enfant, ce n'est pas réaliste. Ça se fera au détriment de la qualité de l'enseignement parce que l'argent de l'enseignement sert avant tout à recruter des enseignants, à financer des écoles et à assurer l'encadrement des élèves.
Le député libéral Guillaume Soupart est favorable à lier les allocations familiales à la présence à l'école comme notamment moyen de lutte contre le décrochage scolaire. vous en pensez quoi ?
Je suis favorable à une plus grande responsabilisation des parents par rapport à la fréquentation scolaire. C'est ce que nous demandent beaucoup de directions d'école et d'enseignants. Faire jouer un rôle plus grand aux parents dans la détection de l'absentéisme du décrochage scolaire, j'y suis évidemment favorable. L'éducation est une tâche conjointe, ce n'est pas juste la tâche de l'école. C'est dans l'alliance entre l'école et les parents que se joue une réussite scolaire et que quand les parents sont authentiquement des partenaires de l'école et vice versa. c'est tout l'objet du contrat École-Société que je souhaitais mettre sur pied c'est vraiment davantage responsabiliser et impliquer les parents dans l'éducation de l'enfant. Je voudrais changer mon titre. Dans un monde idéal, il y aurait une ministre de l'Enseignement pour bien rappeler que l'éducation fait évidemment partie des tâches de l'école mais pas que, c'est l'école et les parents.
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