Le projet d'extension du centre de soins Delestraint-Fabien à Penne-d'Agenais est bloqué par un recours déposé par l'association Domaine de Ferrié, propriétaire du terrain. Mise en cause lors d'une récente table ronde...
Le projet d'extension du centre de soins Delestraint-Fabien à Penne-d'Agenais est bloqué par un recours déposé par l'association Domaine de Ferrié, propriétaire du terrain. Mise en cause lors d'une récente table ronde par la direction de l'établissement de santé et les élus locaux, qui leur reprochent d'aller à l'encontre de l'intérêt général, les membres de l'organisme associatif ont voulu donner leur version des faits. Ils dénoncent un manque de concertation, affirmant ne pas avoir été associés à l'élaboration du projet, bien qu'ils ne s'y opposent pas sur le fond.
Dans les tuyaux depuis plusieurs années, le projet de modernisation et d'agrandissement du centre de soins Delestraint-Fabien, à Penne-d'Agenais, est aujourd'hui à l'arrêt. Le permis de construire est bloqué par un recours déposé le 18 juin 2026 devant le tribunal administratif de Bordeaux par l'association propriétaire du terrain où se trouve l'établissement médical, l'association Domaine de Ferrié.
L'extension de près de 1 700 m², représentant un investissement de huit millions d'euros, doit permettre de créer un nouveau plateau technique, de développer l'hospitalisation de jour et de moderniser des locaux devenus trop exigus. Le chantier comprend également un parking d'une soixantaine de places et la rénovation progressive des bâtiments existants. Au total, les travaux doivent s'étaler sur 26 mois.
"Qui fait construire un bâtiment sans avertir le propriétaire du terrain ?"Créée au lendemain de la Libération, en 1944, la structure de santé, qui sera nommée le centre Delestraint-Fabien en 1955, est issue de l'activité clinique créée par les résistants pendant la guerre et est actuellement gérée par l'Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR). Elle est installée dans le domaine de Ferrié, vaste de dix-huit hectares, qui est géré par l'association du même nom au profit de l'ANACR depuis 1972. Le centre de soins, locataire preneur, verse un loyer à l'association, qui est propriétaire bailleur. Un bail à construction a été mis en place entre les deux organismes associatifs. C'est précisément l'interprétation de ce bail à construction qui est aujourd'hui au cœur du litige entre les deux associations. "La directrice agit en pensant qu'elle n'a de compte à rendre à personne, alors que le bail à construction, datant de 1996, n'autorise pas de gros travaux sans notre accord", affirme Guy Victor, président de l'association Domaine de Ferrié.
Selon l'association Domaine de Ferrié, le permis de construire a été déposé "sans que le propriétaire du terrain ne soit associé au projet, alors même que l'extension prévoit la construction de nouveaux bâtiments sur le domaine". "On aurait dû être consulté. On a découvert les premières démarches presque par hasard. Ils ont déposé un permis de construire sans nous en parler. Qui fait construire un bâtiment sans avertir le propriétaire du terrain ? Il y a eu un manque de concertation, de considération", regrette Guy Victor.
Le président explique que l'association n'entendait pas remettre en cause la nécessité d'adapter le centre aux nouveaux besoins médicaux, mais souhaitait être associée aux choix techniques et aux conséquences du chantier sur un domaine dont elle demeure propriétaire. "On aurait pu participer à l'élaboration du projet. On aurait pu discuter."
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L'association évoque également plusieurs interrogations concernant les accès au chantier, certaines servitudes, l'intégration architecturale de l'extension ou encore la toiture végétalisée, qu'elle juge peu compatible avec l'esprit du site. "On veut aussi que les travaux n'abîment pas le site : les camions et engins lourds, on ne veut pas qu'ils passent par nos chemins fragiles. Il y a une voie dédiée prévue à cet effet, on demande qu'elle soit respectée pour limiter les dégâts." Autant de points qui, selon elle, auraient pu être réglés en amont par le dialogue plutôt que devant la justice administrative.
Alain Goulinat, Bernadette Tressos, Guy Victor et Claude Tressos, de l'association Domaine de Ferrié.
DDM - Valentin Vié
Autre point de crispation : une récente table ronde pour parler de l'avancée du projet du centre de soins Delestraint-Fabien, qui s'est tenue début juillet et dont nous avions fait écho dans nos colonnes. Cette réunion organisée sur place par la sénatrice du Lot-et-Garonne Christine Bonfanti-Dossat, en présence d'élus locaux comme le maire de Penne-d'Agenais Arnaud Devilliers, de la direction et des personnels, a laissé un goût amer aux représentants du Domaine de Ferrié.
"On n'a pas été conviés. Comment se fait-il que les propriétaires du terrain ne soient pas invités ?", s'interroge Guy Victor. Celui-ci n'a pas non plus apprécié certains propos tenus lors de cette réunion. Les élus locaux avaient déploré un entêtement "qui prend le pas sur l'intérêt général" ou encore un conflit "contre-productif". Ils estiment que cette communication publique a contribué à les présenter "comme les seuls responsables du blocage", alors qu'ils affirment "rechercher une solution négociée".
Mais alors, comment débloquer la situation ? "On veut une véritable discussion, simplement ! Qu'on revienne à l'esprit d'origine : gestion partagée, projet débattu et voté ensemble. On veut retrouver notre place et notre voix, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Sans ça, il ne peut pas y avoir de climat apaisé ni de développement durable du projet."
Contactée, Hélène Malecha, directrice du centre de soins Delestraint-Fabien et représentante de l'ANACR au sein de l'association Domaine de Ferrié, a répondu par courriel.
"À la lecture des déclarations de M. Guy Victor, je souhaiterais porter à votre connaissance plusieurs éléments de fait qui me paraissent indispensables à la bonne compréhension de ce dossier et au respect du principe du contradictoire. En premier lieu, il me semble important de rappeler que le différend ne saurait être présenté comme une opposition entre deux personnes. D'un côté, M. Guy Victor s'exprime en qualité de président de l'Association du Domaine de Ferrié. De l'autre, je n'interviens jamais en mon nom personnel mais exclusivement en qualité de directrice de l'établissement et de représentante de l'ANACR, seule personne morale cocontractante du bail à construction. Les positions que j'exprime sont celles arrêtées par les instances de l'ANACR. Par ailleurs, plusieurs affirmations présentées comme étant celles de l'Association du Domaine de Ferrié appellent une nuance importante.
Un conseil d’administration extraordinaire s’est tenu le 15 juillet dernier, l’ensemble des sujets évoqués publiquement comme étant à l'origine du blocage du projet y ont été examinés et ont donné lieu à des votes. Ainsi, la toiture végétalisée, l'intégration architecturale du projet et les modalités d'accès au chantier n'ont pas été retenues comme des points de blocage par la majorité des membres du conseil d’administration de l’association du Domaine de Ferrié. Il est donc surprenant de voir aujourd'hui ces mêmes éléments présentés publiquement comme les principales raisons de l'opposition au projet. Les déclarations du président de l’association du Domaine de Ferrié diffèrent des décisions prises par son conseil d’administration.
À l'issue du même conseil d'administration extraordinaire, il a été décidé que l'Association du Domaine de Ferrié élaborerait un projet d'avenant au bail. Ce document nous a été transmis et fait actuellement l'objet d'un travail entre les deux associations. Depuis de nombreux mois, nous avons communiqué les études disponibles, répondu aux interrogations formulées, transmis les documents demandés et convié les représentants du bailleur à une présentation détaillée du projet par les architectes. Les échanges ont été nombreux, réguliers et transparents. Le désaccord ne résulte donc pas d'un défaut d'information mais d'une divergence d'interprétation du bail à construction, conclu jusqu’en 2086.
Cette question pourrait naturellement être tranchée par la juridiction compétente. Toutefois, une telle procédure nécessiterait plusieurs années, alors que notre préoccupation demeure avant tout de permettre la réalisation d'un projet indispensable à la qualité de prise en charge des patients.
Enfin, je regrette le caractère personnel de certaines déclarations me concernant, notamment lorsqu’il est affirmé que j’estimerais n’avoir de comptes à rendre à personne. Cette présentation est particulièrement réductrice. En tant que directrice de l’établissement, je rends compte quotidiennement à ma gouvernance, aux autorités de contrôle et aux différentes instances compétentes. Dans ce dossier, je ne fais qu’exécuter les orientations définies par le conseil d’administration de l’ANACR.Mon souhait n’est pas d’alimenter une quelconque polémique, mais simplement de veiller à ce que les lecteurs disposent d’une présentation aussi complète et fidèle que possible d’une situation dont les enjeux dépassent largement les personnes."