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"J'ai crié aux policiers qui me malmenaient que j'étais enceinte, mais ce qu'ils ont fait ensuite m'a traumatisée"

Дата публикации: 01-08-2026 09:43:28

Huê Nhu a été kidnappée, emprisonnée et torturée par le régime vietnamien. Son tort ? Avoir osé s'opposer aux autorités. Après une nouvelle tentative d'enlèvement, elle a décidé de fuir son pays. Réfugiée en Allemagne, elle raconte son récit glaçant. ...

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Pendant longtemps, Huê Nhu n'a pas fait de vague. Institutrice dans une école primaire, elle aimait s'installer dans la bibliothèque de l'établissement pour y faire la lecture aux enfants. Sa vie était tranquille, elle ne se posait pas de question. Après tout, ses parents tous deux membres du parti communiste au pouvoir ne lui avaient pas inculqué l'art de la rébellion. Loin de là. Pourtant, un jour, la jeune femme n'a plus pu fermer les yeux face à l'injustice qui imprègne la société vietnamienne. Elle a décidé d'élever la voix, de sortir des rangs. Mais la militante en a payé le prix, à plusieurs reprises. Fausse couche, torture, emprisonnement... Le régime vietnamien ne lui a rien épargné. Présente au Geneva Summit for Human Rights and Democracy, Huê Nhu a accepté de répondre à nos questions. Elle est l'Invitée du samedi de LaLibre.be.

En 2016, vous avez commencé à militer, après 16 années à avoir exercé dans l'enseignement. Qu'est-ce qui vous a poussée à vous opposer au régime vietnamien ?

J'ai commencé à subir des injustices. Après m'être renseignée sur internet sur ce qu'il se passait autour de moi, je me suis rendu compte de l'étendue du problème. L'injustice sociale concerne en réalité tous les Vietnamiens. C'est ce qui m'a motivée à prendre la parole contre les autorités du pays.

Avez-vous immédiatement été dans le viseur des autorités ?

Oui, immédiatement ! Tout d'abord, j'ai été mise sous surveillance. On suivait le moindre de mes mouvements. Partout, tout le temps. Ensuite, les autorités ont fait pression sur ma famille. Elles voulaient que mes proches me poussent à arrêter de critiquer le régime.

En 2019, des agents de police vous ont enlevée en pleine rue...

Oui, les agents de la police de Hanoï ont un procédé efficace. Ils sont tous en civil, sauf une personne qui est en uniforme. Si la cible se met à crier, cet agent explique aux curieux qu'il s'agit d'une opération de police. Lorsque j'ai été kidnappée, j'ai crié que j'étais enceinte. Leur réaction m'a choquée. Ces hommes m'ont entendue, mais ils m'ont frappée à plusieurs reprises. Leur but était clairement de provoquer une fausse couche pour envoyer un message aux autres militants sur les risques à s'opposer au régime. Ils m'ont emmenée dans un local, bâillonnée et battue. Lorsqu'ils m'ont relâchée, j'ai dû être hospitalisée. Mais il était trop tard, j'avais perdu mon enfant. Cela m'a traumatisée.

Et pourtant, les autorités ne se sont pas arrêtées là. Vous avez été arrêtée en 2019 pour "trouble à l'ordre public".

J'ai été jugée et condamnée à trois ans et trois mois d'emprisonnement. Le procès était censé être public, mais des centaines de policiers autour du tribunal empêchaient la famille et les amis d'assister à l'audience. Ils ont aussi brouillé tous les réseaux de téléphonie mobile autour de la salle. Les avocats qui me défendaient ont été privés de parole: ils n'avaient qu'une déclaration à lire et ne pouvaient pas interagir en dehors de cette lecture formelle. Il n'y a donc pas eu de plaidoirie en tant que telle.

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Vous avez évoqué des conditions de détention "inhumaines"...

J'ai été témoin de choses que le monde extérieur ne pouvait pas voir. On nous sert des aliments avariés à des prix exorbitants. L'accès à l'eau potable est très difficile. L'eau est puisée dans le sol, sans être filtrée. On doit la boire telle quelle. On ne peut pas la faire bouillir pour éliminer les bactéries. Beaucoup de détenues tombent donc malades. D'autant que je n'ai pas pu recevoir de soins médicaux, ni de visites familiales. Après ma libération, j'ai dû me faire soigner. Les douches sont à l'air libre. Il n'y a aucune intimité.

Nous étions obligées de travailler de 5h du matin jusqu'à 18h. Il fallait chaque jour produire un certain nombre de choses. Si on n'arrivait pas à atteindre le quota, la famille devait envoyer de l'argent pour compenser le manque de productivité. C'était une sorte d'amende.

En quoi consistait ce travail forcé ?

Les prisons passent des contrats avec des entreprises privées. La plupart du temps, on doit coudre des vêtements. Mais il y a aussi des tâches plus dures, où l'on doit tailler la pierre ou travailler dans les champs.

Font-ils usage de la torture ?

Très souvent. Je ne suis pas la seule à avoir été torturée. Mais en tant que leader d'un groupe de militants, on m'a réservé les pires sévices.

Vos prises de parole à votre sortie de prison ont-elles eu un impact ?

Mes déclarations dans des podcasts ont été entendues par les autorités pénitentiaires. Mais l'impact est limité. Des détenues ont témoigné du fait que cela s'était un peu amélioré mais cela reste très compliqué, parce que chaque prison est comme un royaume sous la coupe du directeur du pénitencier. Il y a peu d'informations qui en sortent. Il n'y a aucun contrôle de ces prisons.

Avez-vous souhaité tout arrêter ensuite, pour éviter d'être à nouveau écrouée ?

J'ai tout arrêté pendant 6 mois, sous la pression de ma famille et des forces de l'ordre. On m'a forcée à écrire des aveux, à dire que j'avais eu tort de contester les autorités. Ils m'ont filmée comme une prisonnière pour exploiter ces vidéos dans les médias officiels. J'ai coopéré pour avoir la paix. Mais la surveillance a continué et les pressions également. En fait, les autorités cherchaient surtout à ce que ma popularité baisse sur les réseaux sociaux pour pouvoir à nouveau m'arrêter. Ils m'ont enlevée à nouveau, m'ont séquestrée à plusieurs reprises. J'ai fui le pays avant qu'il ne m'enferme à nouveau en prison.

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Des gens essaient-ils encore de vous faire taire à l'étranger ?

Quand j'ai quitté le Vietnam pour la Thaïlande, les autorités vietnamiennes ont émis deux mandats d'arrêt contre moi pour des crimes soi disant d'escroqueries et de jeux en ligne. Ils ont contacté l'ONU pour que je sois radiée de la liste des réfugiés. Ils ont aussi envoyé ces mandats à des ambassades occidentales en Thaïlande pour éviter que je m'expatrie en Europe. J'ai dû prouver à plusieurs reprises que ces insinuations étaient mensongères et que je n'avais rien à voir avec les faits décrits. J'ai finalement pu rejoindre l'Allemagne récemment.

Votre famille, qui est restée au Vietnam, est-elle à son tour la cible d'intimidations ?

Mon fils a été convoqué plusieurs fois au commissariat pour qu'il rende des comptes à mon sujet. Ça l'a traumatisé. Mes parents reçoivent très souvent la visite de policiers. Douze agents sont venus pour perquisitionner la maison et confisquer des biens qui m'appartenaient.

Imaginez-vous un jour retourner au Vietnam ?

Je garde espoir. Surtout qu'on ressent actuellement la fatigue des Vietnamiens vis-à-vis de ce régime. Je le vois par rapport à mon audience qui grandit tous les jours, au nombre de réactions positives face à mes prises de position contre le parti communiste vietnamien. Je suis persuadée qu'un jour ou l'autre la situation va basculer, grâce aussi à l'appui international.

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Voyez-vous ce changement de régime arriver rapidement ? Qu'est-ce qui est encore nécessaire pour qu'il s'enclenche ?

Il faut dire la vérité au peuple vietnamien. Il doit se rendre compte que le pouvoir de changement est entre ses mains. Les Vietnamiens doivent oser appeler le régime à respecter ses engagements. Le peuple en a réellement marre de Tô Lâm. Jamais un premier secrétaire du pays n'a été autant haï. La propagande du régime est donc en train de s'enrayer: il ne peut plus faire croire que tout va bien. Il faut continuer depuis l'extérieur à insuffler cet espoir de changement pour que les habitants du pays osent s'exprimer.

Y a-t-il des pistes qui se dessinent pour la suite ? Quel type de régime imaginez-vous ?

C'est difficile à dire, car la répression du régime est tellement forte que le moindre commentaire ou le moindre "like" sur les réseaux sociaux peut vous valoir des soucis. A l'intérieur du Vietnam, il n'y a donc pas d'opposition qui puisse exister légalement. Le seul espoir vient de l'extérieur du pays.

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