Le patron de Meta a annoncé la création d’un fonds consacré aux villes accueillant les centres de données, nécessaires aux logiciels d’intelligence artificielle. Espérant faire taire ainsi la contestation contre ces méga structures bruyantes et énergivores.
Société
Le patron de Meta a annoncé la création d’un fonds consacré aux villes accueillant les centres de données, nécessaires aux logiciels d’intelligence artificielle. Espérant faire taire ainsi la contestation contre ces méga structures bruyantes et énergivores.
Par Eva Martin
Publié le 13 août 2026 à 17h42
Mis à jour le 14 août 2026 à 11h30
Pour calmer l’hostilité contre les centres de données, Mark Zuckerberg sort le chéquier. Dans une longue déclaration publiée le 10 août, le patron de Meta annonce la création d’un fonds d’un milliard de dollars consacré aux populations voisines des data centers — ces larges bâtisses grises qui se multiplient sur la carte des États-Unis. Sous le titre creux de « The future is for everyone » (« Le futur appartient à tous »), le fondateur de Facebook affirme que ces centres nécessaires au développement de l’intelligence artificielle peuvent apporter des « avantages significatifs » aux communautés locales. Un texte flou aux allures de communication de crise.
Depuis le début de l’été, un vaste mouvement de contestation agite le pays : le 18 juillet, 142 manifestations ont eu lieu dans 42 États pour protester contre l’implantation des data centers. D’après une enquête d’opinion publiée par Gallup en mai, 70 % des Américains sont opposés à l’installation de ces constructions près de chez eux (en comparaison, ils sont 53 % à réprouver la présence des centrales nucléaires dans leur voisinage). Les raisons de cette impopularité : la nuisance sonore générée par ces structures, leur consommation vorace d’eau et d’électricité, ainsi que l’absence de consultation publique avant leur installation.
Un combat entre David et Goliath.
Ben Green, maître de conférences à l’université de Michigan
Dans sa publication, Mark Zuckerberg prend en exemple un des plus grands centres de données au monde en construction dans le nord de la Louisiane. La superficie de ce projet, qui coûtera plus de 50 milliards de dollars, équivaut à 52 terrains de foot. Dans cette ville de 20 000 habitants, « les enseignants ont reçu cette année une prime de 50 000 dollars grâce à l’augmentation des recettes fiscales générées par notre investissement », se targue le patron de Meta. D’après le média américain 404, spécialisé dans le monde la tech, l’entreprise s’était déjà engagée à investir 200 millions de dollars dans les routes et infrastructures hydrauliques locales. Mais ces sommes dépensées sont-elles des investissements ou des dédommagements ? Parce que si ces mesures s’adressent bien aux habitants, le projet titanesque ne leur a été présenté qu’une fois les autorisations obtenues, les mettant devant le fait accompli.
Tout a été pensé pour désamorcer une contestation locale potentiellement coûteuse. D’après le recensement mené par Data Center Watch (un groupe de recherche fondé par une société de sécurité spécialisée dans l’IA), le premier trimestre de 2026 a enregistré au moins 75 projets bloqués ou retardés, d’une valeur totale de 130 milliards de dollars. Un record. « C’est un combat entre David et Goliath : les communautés locales tiennent tête à certaines des entreprises les plus riches du monde », constate Ben Green, maître de conférences à l’université de Michigan, dans une interview accordée à la Harvard Gazette. Pour ce chercheur spécialiste des conséquences sociétales du développement de l’IA, les villes hôtes ne bénéficient pas de l’installation des centres de données sur leur territoire : la création d’emplois sur le long terme est faible, et les systèmes généraux d’eau et d’électricité se retrouvent en tension, sursollicités pour entretenir ces gigas structures.
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Les États-Unis comptent plus de 4 000 data centers (et ce chiffre devrait doubler dans les prochaines années). Mais en raison de cette augmentation fulgurante, source de frictions avec les habitants, les géants de la tech sont en train de perdre en popularité sur le terrain politique. En mars, Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez ont proposé un moratoire national, le temps de s’assurer que la prolifération de ces mastodontes soit mieux encadrée (« Je crains que le Congrès ne soit absolument pas préparé à l’ampleur des changements qui sont déjà en train de se produire », avait alors déclaré Bernie Sanders). Mi-juillet, la gouverneure démocrate de l’État new-yorkais a suspendu la construction de nouveaux centres de données pour un an. Et cette opposition dépasse désormais les clivages partisans : le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, a annoncé le 3 août mettre en attente les nouveaux projets de centres de données pour permettre aux autorités texanes d’évaluer leur impact sur leur réseau électrique.
« Le climat de méfiance qui s’est instauré au cours des deux dernières décennies à l’égard des entreprises phares du secteur technologique constitue désormais un véritable obstacle à leurs ambitions », analyse le journaliste Max Read, ancienne plume de New York Magazine, dans sa newsletter de référence sur les enjeux numériques. À quelques mois des élections de mi-mandat, l’opinion publique américaine semble tracer un chemin à contre-courant de celui indiqué par les prophètes de la tech.
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