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ENTRETIEN. "Ce qu'on nous dit, c'est : va éteindre les feux et ferme ta gueule !" Après les grands incendies de l'été, les pompiers volontaires dénoncent un système "à bout"

Дата публикации: 13-08-2026 04:26:02

Les sapeurs-pompiers volontaires de France, confrontés à des conditions de travail de plus en plus difficiles, alertent sur un système à bout de souffle. Malgré un afflux de 10 000 candidatures cet été, le manque de...

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l'essentiel Les sapeurs-pompiers volontaires de France, confrontés à des conditions de travail de plus en plus difficiles, alertent sur un système à bout de souffle. Malgré un afflux de 10 000 candidatures cet été, le manque de reconnaissance et les risques pour la santé demeurent préoccupants. Le secrétaire général du syndicat, Bruno Ménard, appelle à une réforme urgente pour pérenniser ce modèle basé sur l'engagement citoyen.

Alors que les incendies de cet été ont une nouvelle fois mis à rude épreuve les services de secours, les sapeurs-pompiers volontaires alertent sur un système "à bout". Manque d’effectifs, conditions d’engagement toujours plus exigeantes, risques pour la santé et absence de reconnaissance... Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, dénonce les failles d’un modèle qui repose largement sur l’engagement citoyen, tout en voyant dans les milliers de candidatures reçues cet été une raison d’espérer.

Comment allez-vous après les incendies exceptionnels de juillet ? Avez-vous l'impression que les effectifs ont pu récupérer ?

Le domaine pompier volontaire est en urgence absolue. Cet été, malheureusement, démontre une fois de plus que le système est à bout. En Gironde, tout a été mal anticipé, mal organisé. Il y a des pompiers volontaires qui mangeaient des barres de céréales parce qu'ils n'avaient rien d'autre.

Considérez-vous qu'en termes de mobilisation, il s'agit du pire été pour les pompiers ?

Oui. On est le 12 août et on est déjà à bout. Mais l'année prochaine, ça risque d'être pire. L'exceptionnel de cette année sera le courant de demain. Et à l'heure actuelle, le système de sécurité civile est incapable d'évoluer et de se remettre en question.

Votre appel à la mobilisation a reçu une réponse massive. Comment vous l'expliquer ?

Nous avons reçu plus de 10 000 candidatures en réponse à notre appel à la mobilisation.

Il s'est passé la même chose après les attentats du 11 septembre. Il y a eu un afflux de candidats dans les centres d'information et de recrutement de l'armée de terre. C'est la preuve que les gens veulent s'investir, ils veulent donner du sens à leur vie, participer à des choses concrètes.

Quelles sont, selon vous, les raisons des manques d'effectifs auxquels les pompiers doivent faire face ?

Il y a un turnover important. Chez les pompiers volontaires, il y a autant de départs que d'arrivées. C'est pour ça que les effectifs sont depuis 27 ans aux alentours des 200 000. Pourtant il y a entre 20 000 et 30 000 recrutements par an.

Il faudrait réfléchir à comment faire pour garder les volontaires qui sont là. 44 % des personnes qui nous ont contactées après notre appel à la mobilisation sont des anciens pompiers volontaires qui ont arrêté l'activité parce que leur SDIS en demandait trop.

Nous avons des collègues qui sont morts, c'est très grave. Mais il faut aussi parler des centaines de cancers qu'on va avoir dans quelques années. Il y a des économies faites sur le matériel, on préfère acheter des cagoules moins chères qui protègent moins. Nous avons des personnes des incendies de 2022 en Gironde qui sont inaptes à être pompiers parce qu'ils ont inhalé trop de fumées. Leurs capacités pulmonaires sont réduites. Nous réclamons de l'anticipation.

Il y a une nouvelle mesure en vigueur depuis le 1er juillet qui permet aux pompiers volontaires retraités de bénéficier de trimestres complémentaires. Est-ce un pas dans la bonne voie ?

Avec le système de retraite actuel, vous avez droit jusqu'à trois trimestres de retraite pour 25 ans d'activité. Mais ce sont des trimestres complémentaires. C'est-à-dire que si vous avez une carrière pleine, ces trois trimestres de retraite ne vous servent à rien. Vous ne pouvez pas cotiser cinq trimestres dans une année ! Donc 90 % des pompiers volontaires n'y auront pas le droit. On nous a vendu du rêve et beaucoup se sentent trahis. 

Comment avez-vous vu votre activité évoluer au fil des années ?

Ce n'est pas notre métier, mais tout est fait pour que nous pratiquions comme un métier. Au fur et à mesure des années, on a commencé à demander de plus en plus aux pompiers volontaires. Si bien qu'aujourd'hui, le sapeur-pompier volontaire fait les mêmes missions que le sapeur-pompier professionnel. 

Quelles sont vos attentes aujourd'hui ?

Nous avons fait deux propositions de loi il y a une semaine. Les députés et les sénateurs ont été sensibles à notre proposition de loi de création d'une réserve nationale de sécurité civile.

Le 13 août, les pompiers professionnels font grève. De notre côté, nous avons sollicité le ministre de l'Intérieur. On nous a répondu que le dialogue social était réservé aux pompiers professionnels et au personnel administratif. Donc ce qu'on dit à 80 % des effectifs de pompiers, qui sont volontaires, c'est "va éteindre les feux et ferme ta gueule" ? On refuse de nous donner la parole alors que nous pointons du doigt les dysfonctionnements.

A mon avis, il ne faut rien attendre de l'État, parce qu'ils sont incapables de se projeter. Moi je pense que la solution, elle arrivera de la population. Nous l'avons vu avec la mobilisation des agriculteurs en Gironde. Tout le monde peut agir à son niveau.

Justement, cette mobilisation citoyenne vous apporte-t-elle un peu d'espoir pour l'avenir ?

Bien sûr. Dans les candidatures que nous avons reçues il y a de tout, 36 médecins, des urgentistes, un ancien directeur d'ARS. Chez les pompiers, nous avons de nombreux officiers à la retraite. Nous avons un directeur départemental d'Enedis, des cadres supérieurs de santé, des pharmaciens. Les pompiers volontaires, c'est ça. Derrière l'uniforme, vous pouvez avoir un étudiant, un chef d'entreprise, un salarié, un cadre. La sécurité civile, tout le monde peut la pratiquer. On a besoin de toutes les forces biologiques !

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