Cette comédie décalée décentre le regard à hauteur de volaille avec les aventures d’une poule qui échappe à l’élevage industriel en Grèce. Une fable qui a du bec à voir sur grand écran ce mercredi. ...
Pour qui se souvient de EO (2022) du cinéaste polonais Jerzy Skolimowski, qui portait un regard audacieux sur les fractures de l'Europe moderne à travers les pérégrinations de l'âne Hi-Han, Cocotte s'inscrit dans la même veine. Celle d'une fable politique et animalière qui, en littérature, trouverait ses origines dans les récits médiévaux comme Le Roman de Renart, plaçant les animaux au centre afin de mieux cerner les humains.
Cocotte, du cinéaste gréco-hongrois György Pálfi, c'est donc l'histoire d'une poule rejetée de l'élevage industriel pour la couleur de son plumage (noir), depuis le jour où elle fut pondue (en gros plan) jusqu'à celui où elle-même en vient à protéger ses poussins des agressions extérieures. Mais point d'anthropomorphisme, ni de sentimentalisme ici, la poulette mise en scène (en réalité 8 poules) est d'abord guidée – comme l'âne de Robert Bresson dans Au hasard Balthazar (1966) – par le hasard d'un périple qui va la mener jusqu'à un village reculé en Grèce, où elle va être accueillie par le tenancier en bout de course d'une auberge abandonnée (charismatique Yannis Kokiasmenos).
Réalisé à hauteur de crête et de poulailler (le caquetage venant habilement mettre à distance les drames humains qui s'agitent devant nous), le film trouve sa part burlesque dans l'ingénieuse mise en scène de Cocotte (qui échappe miraculeusement à différents dangers, traversant une autoroute ou s'échappant d'un carton), sans pour autant faire du spectateur une poule sans tête.
Cocotte, c'est une manière de décentrer notre regard, et de se faire témoin avec elle des inégalités qui n'affectent pas seulement le rapport entre humain et l'animal, mais aussi les humains entre eux, puisque le beau-fils de l'aubergiste se révèle être un passeur de migrants aussi combinard que criminel. Tantôt juge, tantôt indifférente, flashant sur un coq de basse-cour et protégeant sa couvée, Cocotte ne fait pas la morale mais se laisse guider par son instinct, dans une sorte d'élan revigorant.
Quand un brave aubergiste (Yannis Kokiasmenos) se prend d'amitié pour une poule. ©Cinéart
©CinéartComédie dramatique De György Pálfi Scénario György Pálfi et Zsófia Ruttkay Avec Yannis Kokiasmenos, Maria Diakopanayotou, Argyris Pandazaras… Durée 1h36
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