Le candidat progressiste, vainqueur de la primaire démocrate pour un siège au Sénat dans le Michigan, s’est déjà fait traiter de « communiste » et d’« homme de haine » par le président des États-Unis.
International 06/08/2026 10:15 Actualisé le 06/08/2026 17:31
Abdul El-Sayed, candidat démocrate dans le Michigan, a eu droit à sa première tirade injurieuse de TrumpLe candidat progressiste, vainqueur de la primaire démocrate pour un siège au Sénat dans le Michigan, s’est déjà fait traiter de « communiste » et d’« homme de haine » par le président des États-Unis.
Par Clara Martinot et Timothée Barnaud
Sa victoire est un nouveau symbole des fractures au sein du camp démocrate. Abdul El-Sayed a remporté ce mercredi 5 août la primaire démocrate pour un siège au Sénat, dans l’État du Michigan. Ce médecin épidémiologiste de 41 ans, représentant l’aile progressiste du parti, a battu de très peu (environ 1 % selon les résultats quasi-définitifs donnés par Associated Press) la centriste Haley Stevens, qui était soutenue par l’establishment démocrate.
Ce scrutin était très suivi du côté du camp républicain et de Donald Trump, qui jouera sa majorité au Sénat comme à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de novembre prochain. En déplacement de campagne à Las Vegas, le président américain s’est ainsi lancé dans un long monologue sur les dangers du « communisme » qu’incarne selon lui Abdul El-Sayed, en profitant, comme souvent avec le président américain, pour l’injurier copieusement.
« La saleté, la criminalité, la mort, la destruction, l’humiliation… On perd sa maison, on perd son appartement, et c’est exactement là où les communistes nous mèneront, à 100 %. Quand je regarde Abdul, il ne raconte que des conneries », a affirmé le président américain.
Donald Trump a poursuivi sur une tirade encore plus personnelle et insultante pour le candidat démocrate. « C’est un homme de haine. Il n’aime pas Israël. Il n’aime pas les juifs. Il les hait avec une passion qui lui brûle le cœur. Il n’y peut rien, parce qu’il les hait ».
« Certains aspects de mon nom et de ma foi »Invité par CNN à réagir aux propos de Donald Trump, Abdul El-Sayed a d’abord joué la carte de l’humour, affirmant qu’il était « ravi (que Trump le) trouve charmant ». Il a poursuivi en critiquant durement le bilan du président américain, comme il l’a fait durant toute sa campagne. « Il se concentre davantage sur moi et sur ce que je vais faire, alors que nous traversons une crise du pouvoir d’achat qui est historique. Les gens paient près de 5 dollars l’essence à cause d’une guerre qu’il a déclenchée », a-t-il insisté.
Le candidat démocrate n’a par ailleurs que très peu apprécié les attaques personnelles portées par Donald Trump. « Si vous vous interrogez sur la sécurité des personnes qui prient différemment, vous avez entendu ce que Donald Trump a dit à propos de gens comme moi. Que pensez-vous qu’il cherchait à mettre en avant ? Il cherche à mettre en avant certains aspects de mon nom et de ma foi, dans ce qui s’apparente à une forme d’islamophobie. »
À l’image du maire de New York Zohran Mamdani, Abdul El-Sayed assume pleinement sa foi musulmane, et n’a pas hésité à qualifier de « génocide » la répression menée par Israël à Gaza. Durant sa campagne, dans laquelle il s’est attaché à vouloir « expulser l’argent de la politique », il a refusé les contributions économiques des grandes entreprises. Il s’en est également pris aux groupes d’influences, et notamment l’Aipac, une organisation qui appuie des candidats pro-Israël, démocrates comme républicains. Celle-ci a par exemple financé à hauteur de près de 30 millions de dollars sa rivale à la primaire démocrate, Haley Stevens.
Une « alliance de communistes et d’islamistes »Le chemin ne fait cependant que commencer pour Abdul El-Sayed. Il devra désormais battre le candidat républicain soutenu par Donald Trump, Mike Rogers, pour espérer accéder au Sénat. Sa victoire est très importante pour le camp démocrate pour renverser l’équilibre à la Chambre haute. Car le siège qu’il vise est actuellement occupé par… un démocrate, et sera donc indispensable à conserver en plus de faire basculer d’autres États (les républicains occupent actuellement 53 sièges sur 100).
Dans cette perspective, les attaques sont déjà bien lancées entre les deux camps. Le groupe des républicains au Sénat est allé jusqu’à affirmer sur X qu’une « alliance de communistes et d’islamistes prend le contrôle du Parti démocrate ». « C’est en réalité un sympathisant jihadiste […] Ils nous infiltrent de l’intérieur », a également assuré la sénatrice républicaine Katie Britt à propos d’Abdul El-Sayed.
L’intéressé a de son côté fustigé cette campagne « acerbe » lancée par son rival « Mike Rogers, Donald Trump et leurs alliés MAGA du Parti républicain ». Il a également appelé toutes les sensibilités de son parti à se « rassembler » pour faire face aux républicains.