Il a écrit les textes de “Ce n’est rien” et “Joe le taxi” parmi de nombreux tubes qu’il a signés dans les années 1970-1980. Mais le prolifique auteur a aussi écrit des titres qui n’ont pas cartonné. Voici ceux qui méritent une seconde écoute.
Il a écrit les textes de “Ce n’est rien” et “Joe le taxi” parmi de nombreux tubes qu’il a signés dans les années 1970-1980. Mais le prolifique auteur a aussi écrit des titres qui n’ont pas cartonné. Voici ceux qui méritent une seconde écoute.
Par Léa Bucci
Publié le 01 août 2026 à 10h30
Le grand public a sans doute oublié le visage d’Étienne Roda-Gil — né il y a quatre-vingt-cinq ans, le 1ᵉʳ août 1941, et disparu en 2004 —, mais pas son œuvre. Et pour cause : le parolier a lié pour toujours son nom à celui de Julien Clerc, qui lui doit ses succès majeurs, dont La Californie (1970), Le Cœur volcan ou Ce n’est rien (1971). Éternellement tiraillé entre ses convictions anarchistes — héritage de parents républicains ayant fui l’Espagne de Franco — et son statut autoproclamé de « poète industriel », il n’en a pas moins accouché du premier album de Vanessa Paradis (dont est issu Joe le taxi, 1987), du tube Alexandrie, Alexandra (1977) de Claude François ou du disque Mirador (1989) de Johnny Hallyday. On l’a entendu chez Louis Bertignac (Cœur ouvert, 1997), Pascal Obispo (Ce qu’on voit, allée Rimbaud, 1999)… On sait moins que sa plume prolifique a signé des chansons confidentielles d’artistes pourtant célèbres. Tour d’horizon.
“Locmariaquer”, Alain Chamfort (1969)En 1969, le futur interprète du tube Manureva n’est qu’un aspirant chanteur, cantonné au clavier dans le groupe de Jacques Dutronc. Qu’à cela ne tienne : le Catalan propose de lui écrire un 45-tours. La face A évoque ainsi le village du Morbihan et berceau des origines de celui qu’on connaît alors comme Alain Le Govic (son véritable patronyme). Les chœurs et cordes y affluent et refluent en vagues, ponctués d’une mandoline vagissante — le tout arrangé par Jean-Claude Petit. Hélas, le disque ne fait pas d’émules.
“Le Crabe”, Françoise Hardy (1970)Avant la mer, il y eut le bocal. La postérité a certes retenu Villégiature (1981), instantané de mélancolie estivale trempé à l’encre de Roda-Gil et chanté par Françoise Hardy. C’est oublier que les deux artistes avaient déjà collaboré une décennie plus tôt, sur l’album Soleil de la seconde. Avec ses ruptures jazzy et ses paroles poético-surréalistes — ou dramatiques, selon que l’on lit le crabe comme une métaphore du cancer —, le morceau se taille un petit succès radiophonique à sa sortie.
“Épouvantail”, Christophe (1971)S’ils pouvaient parler, que diraient les murs de La Closerie des Lilas, mythique brasserie parisienne fréquentée avec assiduité tant par « Roda » que par le « beau bizarre » ? Difficile de croire que le parolier a imaginé en toute sobriété ce « désert de béton bleu, bien médiéval » aux accents psychédéliques, marouflé de guitare acoustique puis électrique par Christophe. Une chanson singulière quelque peu restée dans l’ombre de Mal, lancinant cri de détresse façonné par le même duo, figurant en face A du 45-tours.
“Le Bourreau”, Barbara (1972)« La part de l’esthétisme est encore trop belle » pour émouvoir, commentait Télérama en 1973 à propos de ce titre issu de l’album Amours incestueuses. Et un demi-siècle plus tard ? Rarement les mots de l’auteur ont si bien résonné que dans la bouche de Barbara : le bourreau « tendu de crêpe au crépuscule », allégorie de la mort ; les « fleurs de chagrin »… Dans un esprit symboliste, piano et accordéon appuient l’insouciance feinte des couplets, tandis qu’au refrain les cordes dessinent un inéluctable épilogue.
“New York 31”, Richard Anthony (1978)Un énième 45-tours tombé aux oubliettes ? Loin de dédaigner les yéyés, Étienne Roda-Gil octroie deux morceaux à celui qu’on surnomme le « père tranquille du rock ». À la très disco Fille folle de l’Alhambra — qui aurait dû revenir à Cloclo, sans surprise tant elle ressemble à Magnolia Forever, du même auteur et composée par le même Jean-Pierre Bourtayre —, on préfère cette nostalgie d’un amour dans la Grosse Pomme. Aux chœurs : les Costa, deux frères dont la voix apparaît sur de nombreux jingles radio.
“La Femme nue”, Catherine Lara (1980)Catherine Lara « chante comme on se bat », observe Le Nouvel Obs à la sortie de Geronimo, album écrit en intégralité par le sympathisant libertaire. La musicienne y affirme en effet « Je suis le guerrier victorieux » sur La Femme nue, morceau rock auquel fait écho la pochette. Poing levé sur le cliché extérieur capturé par Richard Avedon, l’artiste pose seins nus à l’intérieur : polémique ! Vite enterrée, la même galette contient une fantaisie hispanique, La sangre loca, et Bateau de pluie, que la chanteuse intègre par la suite à son live.
“Formose Tripper”, Sophie Marceau (1985)Force est de constater qu’un catalogue de près de 750 chansons n’implique pas que des chefs-d’œuvre. Au mitan des eighties, surfant sur le succès du film La Boum (1980), l’actrice Sophie Marceau s’essaye brièvement à la chanson — sans y trouver sa voix. Le parolier signe tous les textes de son album Certitude, de la hasardeuse Barcelona (« Fuck you Barcelona ! / Il faut que j’travaille ! ») à la douteuse Elle est dure elle est molle. Dans le lot, Formose Tripper se pose comme une ballade honorable.
“La Cathédrale”, Didier Barbelivien (1993)Le « Monsieur Tube » de la variété française n’a jamais fait mystère de son admiration pour Étienne Roda-Gil, l’un des auteurs à l’origine de sa propre vocation. Au point qu’en 2005 il rendra à ce « camarade » — tous deux ont travaillé pour Julien Clerc — un hommage posthume sur le morceau Maximum Respect. Combien se souviennent que, dix ans plus tôt, son modèle lui a offert les paroles de La Cathédrale (à ne pas confondre avec une autre Cathédrale, écrite elle par Didier Barbelivien pour Franck Weyler) ?
“Rubans rouges et toiles noires”, Juliette Gréco (1993)La muse de Saint-Germain-des-Prés déclarait en 2020 à Télérama avoir trouvé en la personne du parolier « un soldat qui cherchait la justice comme [elle] ». Pas étonnant dès lors qu’elle ait repris sur scène, puis sur un disque baptisé Le Temps d’une chanson (2006), l’engagée Utile (1992), écrite pour Julien Clerc. Ni qu’elle ait confié au soin du parolier l’ensemble de son album Vivre dans l’avenir. Composé comme une marche martiale par Gérard Jouannest, le titre Rubans rouges et toiles noires semble faire allusion au régime franquiste.
“Ça ira”, Roger Waters (1987)[Pas de clip disponible]
Improbable mais vrai : le bassiste des Pink Floyd est aussi le compositeur d’un opéra classique dont le livret, en français, lui a été soumis par Roda-Gil et sa première femme, Nadine. Son thème ? La Révolution française. On peut imaginer combien il parlait aux deux hommes du fait du destin de leurs pères respectifs : militant à la CNT espagnole pour l’un ; communiste britannique devenu lieutenant pendant la Seconde Guerre mondiale pour l’autre… Roger Waters reprend et achève le projet en 2005, cette fois en anglais.
Le magazine en format numérique
Les plus lus
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Cette scène de séduction virale de “Babygirl” doit beaucoup aux paroles lascives de George Michael | 0 | 10.89 | 26-07-2026 |
| 2 | Vini Reilly, héros culte du post-punk, renaît avec le somptueux “Renascent” | 0 | 10.87 | 31-07-2026 |
| 3 | История написания 10 легендарных песен, известных своими партиями на гитаре...попробуйте ... | 0 | 8.58 | 26-07-2026 |
| 4 | "Люди перестали петь песни всей страной". Валерий Сюткин — о музыке и своей ретроградности | 0 | 0 | 22-03-2023 |
| 5 | Энтин: сегодня детская песня практически погибла | 0 | 0 | 21-08-2025 |
| 6 | Avec « Nathalie », Gilbert Bécaud chante l’amour universel en se tournant vers… l’URSS | 0 | 5 | 19-07-2026 |
| 7 | Умер поэт Владимир Дагуров | 0 | 0 | 23-10-2018 |
| 8 | Джо Дассен | 0 | 10 | 02-08-2026 |
| 9 | בִּקְצֵה כָּל הַדְּרָכִים רוֹבֵץ נָחָשׁ עֲקַלָּתוֹן | 0 | 0 | 14-07-2026 |
| 10 | Remembering Clive Davis, who elevated hitmaking to an art form | 0 | 8.95 | 22-06-2026 |