Au troisième jour du procès du féminicide de Marie Thakizimana à Rennes, la cour d'assises a interrogé ce mercredi l'accusé et entendu les plaidoiries des avocats et le réquisitoire de l'avocat général. Le terme de féminicide a aussi été discuté.
Publié le mercredi 1 juillet 2026 à 20:21 Mis à jour le jeudi 2 juillet 2026 à 10:23
Au troisième jour du procès du féminicide de Marie Thakizimana à Rennes, la cour d'assises a interrogé ce mercredi l'accusé et entendu les plaidoiries des avocats et le réquisitoire de l'avocat général. Le terme de féminicide a aussi été discuté.
Aux assises d'Ille-et-Vilaine, qui jugent depuis lundi le féminicide de Marie Thakizimana à Rennes en 2022, l'avocat général a requis mercredi 1er juillet 26 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté des deux tiers contre Marco Katalay-Kalala, le mari de la victime. Au troisième jour du procès, l'accusé a été interrogé sur les faits et les avocats ont aussi plaidé. Le verdict est attendu ce jeudi.
L'avocat général demande la condamnation pour meurtre par conjoint car pour lui, l'accusé avait l'intention de tuer. "L’intention de tuer est un gaz très volatile, explique-t-il lors du réquisitoire. Il peut ne pas être là juste avant l’acte, et disparaitre juste après." Marco Katalay-Kalala a répété que la dispute a éclaté "par hasard", que les gestes étaient "spontanés", "mais "il peut avoir décidé de tuer au moment de passer à l'acte", souligne l'avocat général.
"Le geste d’étranglement suivi d’un coup et d’un nouveau geste d’étranglement est suffisamment parlant et touche une zone suffisamment vitale pour révéler une intention", déroule-t-il. Puisqu'il retient la qualification de meurtre par conjoint, avec cette intention de tuer, la réclusion criminelle à perpétuité est prévue par la loi.
Sauf que l’avocat général retient aussi l’altération des capacités mentales au moment des faits, convaincu par le profil psychologique dressé par les experts : les graves carences de son enfance, sans père, ni mère, victimes de violences ayant "conduit à une construction de personnalité très instable", qualifiée de "borderline". D'où une peine proposée de 26 ans "pour préserver une gradation de la durée des peines en fonction de la gravité des actes et en fonction des personnes".
Cette décision a indigné Sylvaine Grevin, la présidente de la Fédération nationale des victimes de féminicides, association partie civile. "[Cette altération] se voit chez des sujets qui ont des psychopathologies alors qu'en l'occurrence, ce n'est pas ce qui a été détecté chez [l'accusé], être borderline, c'est un trouble et pas une maladie psychiatrique", considère-t-elle.
Elle salue toutefois l'insistance du réquisitoire sur le terme de "féminicide" : "On voit que la société évolue quand le terme est employé par le ministère public car il y a encore trois ou quatre ans, nous n'avions pas de magistrat qui utilisait ce terme." Pour l'avocat général, c'est un féminicide car "il a tué celle qui revendiquait une légitime indépendance". Marie avait un travail, gagnait sa vie, "avait une aura" et "le parcours [de Marco Katalay-Kalala] est l'inverse" de celui de Marie. Il ressentait de "la souffrance d'être dominé par sa femme".
Cela a aussi été le cœur des plaidoiries des avocates parties civiles, qui représentent les filles de Marie. La mort de Marie est "l'aboutissement d'une dynamique de destruction construite sur toute une décennie", insiste Me Delphine Caro, quand Me Isabelle Bagot se dit "convaincue de l’intention d’homicide car à cette période, [l'accusé] sait que Marie allait lui échapper" puisqu'elle avait formulé le souhait d'entamer la procédure de divorce.
De son côté, l'avocat de la défense, Me Arnaud Le Bourdais, a balayé l'acception de féminicide, absente du code pénal, parlant d'un "concept", une "chapelle", considérant qu'on "essaie de remplir une catégorie au forceps". Il s'est engouffré dans le profil psychologique "d'attachement manifeste", "de souffrance" et "de culpabilité intense" décrit par les experts pour demander à la cour de ne pas retenir l'intention de tuer. Il rappelle que, selon ces mêmes experts, "la dangerosité est limitée à la sphère conjugale" et que l'accusé est "dépressif depuis sa plus tendre enfance et que l’alcoolisme est un symptôme de sa dépression".
Vu l'atteinte profonde portée aux filles de Marie et à toutes les femmes qui l'ont connu, encore nombreuses dans le public, l’avocat général a également demandé le retrait total de l’autorité parentale sur ses deux filles et une interdiction définitive du territoire français.
Ce jeudi, l'accusé aura droit de prononcer un dernier mot avant que le jury ne se retire pour délibérer. Le verdict est attendu dans la journée.
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