À Agen, la chapelle désacralisée de Chaumié accueille jusqu'au 15 septembre l'exposition "Là où je vais n'a pas de nom" de Vincent Dionis. Dans le cadre du festival Sans filtre, l'artiste présente une vingtaine de...
À Agen, la chapelle désacralisée de Chaumié accueille jusqu'au 15 septembre l'exposition "Là où je vais n'a pas de nom" de Vincent Dionis. Dans le cadre du festival Sans filtre, l'artiste présente une vingtaine de photographies floues, explorant la spiritualité et l'invisible. Une table ronde est prévue le 2 août.
Au bout du tunnel : l'obscurité. Exposée à la chapelle désacralisée de Chaumié, à Agen, la photographie de Vincent Dionis provoque. Elle interpelle au plus profond de soi. Pourquoi le passage ne conduit-il pas à la lumière ? "Parce que ce chemin n'est pas confortable, sourit l'artiste. Il fait peur, mais il est nécessaire de l'emprunter car vivre quelque chose d'intense demande des sacrifices. C'est la voie étroite de la mystique chrétienne". Un sentier sinueux de l'intériorité qui mène à l'éveil spirituel.
Dans le cadre du festival Sans filtre, le rendez-vous estival agenais de photographie contemporaine, Vincent Dionis propose plus de dix-neuf images volontairement floues pour partager sa spiritualité, véritable carburant de ses créations. Avec "Là où je vais n'a pas de nom", il invite à participer à une expérience totale. Il joue avec le secret et le sacré. Il jongle avec des symboles qu'il cache pour mieux communiquer sa démarche personnelle.
"Je suis un peintre contrarié"Les photos, le lieu, la présentation, la scénographie : tout a été pensé, calculé, soigné, structuré, sculpté jusque dans le moindre détail. Chaque image est un petit univers. Chaque tirage est signé à la feuille d'or. Il est également encadré de plomb découpé puis martelé à la main avant d'être chimiquement altéré. Comment ne pas songer à l'alchimie ? Comment ne pas évoquer le voyage initiatique ?
"J'avais un désir de détachement, de dépouillement". Il en a pris pleinement conscience lors d'un pas de côté de trois mois au Mexique en 2025. Ce périple s'est mué en aventure intérieure. Et le Dia de los muertos (le jour des morts), cette fête nationale mexicaine si colorée, a quasiment été un révélateur.
En Amérique latine, sur le terrain, il a appliqué une technique bien à lui. "Je suis un peintre contrarié, confie-t-il, alors je compose avec mon appareil photo". Il l'utilise comme un pinceau. "En mode pause longue, je laisse la lumière peindre sur mon capteur", explique-t-il en esquissant le mouvement fluide qu'il donne à son boîtier. Un peu comme s'il dessinait une virgule sur une toile imaginaire.
"J'ai un Fuji film X-H2 pour avoir énormément de pixels, mais je ne fais plus que du flou", plaisante-t-il. Ce trouble lui permet d'être à la frontière entre l'abstrait et le figuratif. Entre deux rives, entre deux mondes, celui des morts et des vivants. Les personnages deviennent fantomatiques. Le résultat est saisissant. Il en dévoilera les arcanes le dimanche 2 août à la chapelle Chaumié * lors d'une table ronde (15 heures) intitulée "la photographie de l'invisible".
"J'ai l'impression d'avoir découvert le métier d'artiste"Visible jusqu'au 15 septembre, cette exposition est l'aboutissement d'un rigoureux boulot de sélection des images. Un mois entier a été nécessaire pour effectuer un tri exigeant où chaque choix a imposé un renoncement. Il a façonné ensuite les clichés sur l'ordinateur sans rien ajouter ni enlever à la prise de vue. Il renforce, il éclaircit, il assombrit. Il transforme l'obscurité en lumière et vice versa.
Ce n'est pas la première fois qu'il montre ses œuvres à Agen. En juillet 2025, toujours sous l'impulsion de Cathy De Luca, il était présent à Héméra avec cinq autres photographes. En novembre 2024, il avait été accueilli à la galerie Montesquieu. Avec le festival Sans filtre, il estime toutefois avoir franchi une étape. "J'ai l'impression d'avoir découvert le métier d'artiste".
Quatrième des cinq de Jean Dionis, ancien maire d'Agen, Vincent, 36 ans, a commencé tardivement à se sentir connecté au monde grâce à un appareil photo. "Attentif au monde", comme il dit. C'était à Grenade (Espagne), il y a cinq ans. "Mais j'ai très vite ressenti une urgence, une nécessité". Un appel à entrer dans un tunnel.
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