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Ariel Weil, maire de Paris centre : « Pour en finir avec le sans-abrisme : donnons aux maires la compétence de l’hébergement d’urgence ! »

Дата публикации: 20-01-2026 16:30:14

Maire PS de Paris Centre et candidat à sa réélection, Ariel Weil propose qu’une loi transfère aux maires l’ensemble de la compétence d’hébergement d’urgence, partagé avec l’Etat aujourd’hui. « Arrêtons enfin de nous renvoyer la balle dans un entrelacs de responsabilités croisées », écrit-il.

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Hier soir, en allant à nouveau à la rencontre des personnes abritées depuis dix jours dans les locaux de la ville, j’ai discuté avec des mamans, des jeunes élèves d’école élémentaire et un lycéen de seconde qui révisait studieusement le tableau de la classification périodique des éléments de Mendeleïev, sur l’ordinateur offert par la région, les écouteurs à l’oreille. Comme aux autres, je lui ai demandé où il habitait le reste du temps. Où ? Dans la rue. Et comme à chaque fois, j’ai eu honte. Honte que nous tolérions, en tant que nation, que des personnes, des femmes, des enfants, des élèves, dorment à la rue.

Pourtant, cet hiver encore, la Ville de Paris a fait preuve d’une solidarité exceptionnelle. Alors que les températures chutaient en dessous de zéro aux tout premiers jours de l’année, 2 000 places supplémentaires d’hébergement d’urgence étaient offertes partout à Paris : écoles, gymnases, mairies, équipements municipaux comme étatiques. Nous nous efforçons de faire en sorte que chaque Parisien, de longue date ou de passage, puisse vivre dans la dignité.

En plein centre de Paris, nous avons ouvert deux équipements, malgré la programmation culturelle et sportive qui y était prévue. En trois heures, le Carreau du Temple s’est transformé en dortoir géant, doté de 300 lits dans le respect de l’intimité de chacun. Puis, c’est la Halle des Blancs Manteaux qui en une seule matinée a été aménagée en une halte de nuit.

Ce travail hors norme a pu avoir lieu grâce à la mobilisation exceptionnelle de la Ville, des associations telles que le Centre d’Action sociale protestant, et de l’Etat. C’est un partenariat exemplaire qui existe, heureusement, pendant les coups les plus durs. Le reste de l’année, nous avons le choix entre agir sans moyen juridique et financier, ou demander vainement à l’Etat de le faire, dans une impuissance dont j’ai honte.

Car oui, aujourd’hui, la compétence juridique de l’hébergement d’urgence est mal connue, complexe et difficile à exécuter. Il est de la responsabilité de l’Etat, via la préfecture de région, de mettre à l’abri les personnes à la rue, même si certains publics relèvent du département, c’est-à-dire, à Paris, de la Ville de Paris (qui est à la fois département et municipalité) : les mineurs isolés, les femmes enceintes et les femmes avec un enfant de moins de 3 ans. Pour autant, tout au long de l’année, la Ville pallie le manque de places adaptées qu’il incombe à l’Etat de proposer, et loge en moyenne 1 300 personnes dans des sites de mise à l’abri provisoires et 3 000 personnes à l’hôtel grâce au concours du Samu Social.

Cette situation n’est pas tenable. C’est pourquoi je demande que nous, maires, récupérions l’ensemble de la compétence d’hébergement d’urgence. C’est une lourde responsabilité. Mais nous y sommes prêts. Car nous l’assumons déjà moralement et, parfois, pratiquement.

Cela s’inscrirait dans la logique de subsidiarité selon laquelle la décision et l’action doivent être redescendues à l’échelle la plus pertinente, ici, la Ville de Paris.

Mais, surtout, cela permettrait d’en finir avec la complexité administrative et l’empilement des compétences, qui rendent vaines les promesses de ne plus voir une seule personne à la rue.

En tant que maire, je suis exposé en permanence à des situations humainement et socialement complexes, voire inextricables, qu’il s’agisse de distribution alimentaire comme d’hébergement d’urgence, ou de l’installation de campements dans l’espace public. J’appelle ou j’écris au préfet, qui porte la compétence de l’Etat, à peu près chaque semaine pour obtenir des solutions d’hébergement adaptées. En vain.

Or, nous l’avons montré à de multiples reprises : face à l’urgence absolue, nous, les maires parisiens, nous savons mobiliser nos équipements municipaux. L’hiver avant les Jeux, avec la complicité d’agents de la Ville et de l’Etat, j’ai décidé d’ouvrir des loges de gardiens dans les écoles et des salles en mairie pour y loger des familles qui dormaient dans la rue. Plus récemment, nous avons ouvert une halte dans l’ancienne Mairie du 1er arrondissement. C’est, de fait, une tradition. Lorsque j’étais maire du 4e arrondissement, j’accueillais chaque hiver, pour la nuit, des personnes en mairie, comme mes prédécesseurs et comme certains de mes collègues. Dans les moments les plus critiques, nous avons toujours su agir, grâce à la mobilisation exceptionnelle des riverains et des bénévoles, parfois avec le soutien de l’Etat, parfois sans. Mais sans les budgets dont l’Etat est doté, nous ne pouvons pas tenir très longtemps.

Nous allons pourtant continuer car nous n’avons pas le choix. En cohérence avec les mesures que dévoilera Emmanuel Grégoire prochainement, je souhaite réserver des salles dans tous les bâtiments de nos mairies, pour accueillir un dispositif d’hébergement d’urgence chaque hiver, en période de grand froid, et chaque été, en période de grande chaleur. Ces dispositifs de solidarité locale cohabiteront avec les services publics de proximité (services sociaux, état civil).

Arrêtons enfin de nous renvoyer la balle dans un entrelacs de responsabilités croisées, qui rendent l’action inefficace, incompréhensible et indigne. Nos concitoyens en ont assez d’un discours politique qui perd le grand public et les personnes les plus fragiles. Cela devra passer par une réforme législative et le transfert de budgets adaptés. Mais c’est aussi une mesure de simplification administrative et de salubrité publique. Et le seul moyen pour que nous soyons à la hauteur du drame qui se joue dans nos rues, de la dignité humaine dont nous devons faire preuve, et de l’efficacité que les citoyens attendent de notre action.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Par  Ariel Weil

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